‹ Œuvres complètesChapitre 64 sur 323 · CLIZIA. — ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

CLIZIA. — ACTE IV, SCENE IV

Sosfrata, la femme de Damone, de l'aider à tout disposer pour la noce et à parer la nouvelle mariée ; et je dirai à Damoiie de faire en sorte que sa femme y vienne. Cela fait , et aprts le souper, l'épousée sera conduite par ces dames dans la maison de Damone, et mise au lit avec loi. Je prétexterai de rester avec Damone à l'auberjje; Soslrala viendra ici, chez moi, avec Sofronia. Toi, resté seul dans la chambre, lu éteindras la luniit'rc, tu badauderas quelque peu dans rappaitement en faisant mine de te déshabiller. Moi cependant je me glisserai en catimini dans la chambre, je me déshabillerai et je me coucherai à cùlé de Clizia; et cependant lu te placeras tout doucement sur le canapé. Le malin, avant le jour, je sortirai du lit comme si je voulais satisfaire un besoin; je me rhabillerai, et lu le mettras au lit.

CLEANDKO. O vieux libertin! que je suis heureux d'à voir surpris ton dessein! Mais c'est pour ton malheur que je l'ai découvert !

piuito. Il me semble que vous avez très-bien réj^lé tout cela. Mais il convient que vous vous armiez de nsanière à paraître jeune, car je crains que la vieillesse ne se reconnaisse même dans l'obscurité.

CLEANDUO. Il me suffît de ce que j'ai entendu : je veux aller en informer ma mère.

KicoMACO. J'ai pensé à tout. Je compte, à le dire vrai, souper avec Damone, et j'ai commandé un souper à ma façon : je prendrai d'abord une dose électuaire qu'on appel:c satyrion.

piRRO. Quel nom bizarre est-ce là !

Nico^LACO. Les effets sont plus bizarres encore : ima(;ine-toi que c'est un électuaire qui pour l'affaire en question ferait rajeunir non pas seulement un homme de soixante et dix ans comme moi, mais un oclo{-énaire. L'électuaire avalé, je manf;erai peu, mais toutes choses bien substantielles : d'abord une salade d'oignons cuits; ensuite un mélange de fèves et d'épices.

piuRO. Que fait cela?

NicoMACO. Ce que cela fait? Ces oignons, ces fèves, ces épices, oui sont choses échauffantes et venteuses, feraient faire voile à une caraque génoise. De plus , il faut un beau pigeonneau bien dodu, rôti à point et un peu saignant.

PIRRO. Gare à l'indigestion ! Il faudra assu-

rément qu'on vous le mâche ou que vous l'avaliez tout entier , car je ne vous vois dans la bouche ni assez de dents ni des dents assez solides pour un tel morceau.

KicoMACO. Je ne m'inquiète pas de cela : je n'ai pas beaucoup de dents , c'est vrai ; mais les mâchoires, vois-tu? on les dirait d'acier.

piiuio. Je pense que quand vous serez parti et que je me coucherai à mon tour, je pourrai me dispenser de loucher Clizia ; car j'ai bien la raine de trouver la pauvre peliie toute brisée,

Kicoi^iACO. Qu'il le suffise que j'aurai fait (a besogne , et celle d'un bon co:ii[)agnon.

piiino. J'ai certes à remereiLr Dieu, qui m'a donné une femme de telle sorte que je n'aurai à m'cmbarrasser ni de lui faire des enfants, ni de pourvoir à ses dépenses.

ivicoMAco. Va à la maison : presse la noce. Je vais dire quelques mots à Damone que je vois sortir de son logis.

piKiio. Je vais le faire.

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