ACTE IV, SCÈNE IX
DORIA. Je suis morte! je suis morte ! Fuyez, fuyez! arrachez-lui le couteau des mains ! Sauvez-vous, Soironia !
NicoMACO. Qu'est-ce que tu as, Doria ? Qu'y a-t-il doiic^*
DORIA. Je suis morte !
MCOMACO. Et pourquoi es-lu morte?
DORIA. Je suis morte, et vous êtes perdu!
NicoMACO. Mais dis-moi ce que lu as.
DORIA. Je ne peux, tant je suis saisie! J'étouffe! évenlez-moi un peu avec votre manteau.
NICOMACO. Eh! dis donc ce que tu as, ou je te vais casser la tète !
DORIA. O mon cher maître ! ne soyez pas si méchant.
NICOMACO. Dis-moi ce que tu as, et quel est ce bruit qu'on fait là-dedans.
DORIA. Pirro avait donné l'anneau à Clizia , et était allé reconduire le notaire jusqu'à la porte de derrière : voilà que tout à coup Clizia , poussée par je ne sais quelle fureur , saisit un poifînard, et tout échevelée , toute hors d'ellemême : «OiJ est iNicoraaco? où est Pirro?» s'écrie-t-elle,aje les veux assassiner!» Cleandro, Sofronia. tout le monde veut la saisir, et nous n'en pouvons venir à bout. Elle s'est remparée dans un coin de la chambre , et crie qu'elle veut vous tuer quoi qu'il arrive. Chacun saisi de peur s'enfuit de côté et d'autre; Pirro s'est sauvé dans la cuisine et .s'est caché derrière le panier aux volailles. On m'envoie vous avertir de ne pas entrer dans la maison.
NICOMACO. Je suis le plus malheureux des hommes! Et on ne peut lui arracher ce poif^nard des mains ?
DORIA. Non, pas jusqu'à présent.
NICOMACO. Et qui menace-t-elle ?
DORIA. Vous et Pin-o.
KicOMACo. Quel malheur est-ce là! Allons, mon enfant, je t'en prie, rentre dans la maison, et fais en sorte, avec de bonnes paroles , de lui oter cette folie de la tète et qu'elle lai.sse ce poif^nard. Je te promets de l'acheter une belle paire de pantoufles et un mouchoir. Va, mon amour.
DORIA. J'y vais, mais gardez-vous d'entrer à moins que je ne vous appelle.
NICOMACO. Malédiction ! Malheureux que je suis ! Que de choses viennent à la traverse pour attrister une nuit que j'espérais si fortunée! ' Parlant du côlé de la porie.) A-t-elIe quitté le poignard ? puis-je entrer?
DORIA, de l'intérieur. Non , pas encore; ne venez pas.
NICOMACO. 0 Dieu! Que vat-il arriver? (Vers la porte .) Eh bien . puis-je y aller?
DORIA, ouvrant. Venez, mais n'entrez pas dans la chambre où elle est. Prenez garde qu'elle ne vous aperçoive. Allezà la cuisine retrouver Pirro.
NICOMACO. J'y vais.