‹ Œuvres complètesChapitre 82 sur 323 · AMERIGO.MARGHERITA · texte numérisé non relu

AMERIGO.MARGHERITA

AniERiGO. Où diable s'est-elle fourrée maintenant ?... Oh ! oh ! n'est-ce pas elle que j'aperçois ? flolà ! ho ! tu n'entends pas, Margherita?

MARCiiF.RiTA. Que VOUS plaît-il, monsieur?

Ai^iERiGO. Dis-moi :oih vas-tu desibonneheure?

MARGHERITA. Au marchc , acheter des choux et des oignons pour le dîner.

ABiERiGO. Lai.sse là le dîner et les oignons: je ne veux pas que tu fasses rien autre chose que ce que je l'ai ordonné tout à l'heure. Tu vois : je me suis confié à toi , et tu me dis qu'elle m'aime à la folie: que tardes-tu donc d'avancer un peu nos affaires ? En vérité, mon enfant , je n'en puis plus.

iiARGHERiTA. Avcz-vous mal quclquc part ?

AMERiGo. Eh ! non.

MARGHERITA. Auriez-vous la fièvre ?

AMERIGO. Méchante ! tu sais bien....

MARGHERITA. Et qUOÎ dOUC ?

AMERIGO. Celle pour qui je suis mort d'amour.

MARGHERITA. Si VOUS êtcs mort , vous n'avez plus besoin de rien.

AMFRiGO. Je ne dis pas que je suis mort comme celui qui n'a plus de souffle, mais comme celui à qui l'amour ôte son libre arbitre et qui n'est plus maître de lui-même.

MARGHERITA. Ma foi , moH chcr maître, je ne comprends rien à cela.

AMERIGO, à lui-même. C'est moi qui suis une buse en effet : je ne m'aperçois pas que je vais me lancer dans les sublimités de la philosophie avec une servante! (Haut.) Sache seule-

ment que j'ai besoin de ton aide; et ce que de sa part tu m'as mille fois promis^ il faut qu'il m'ariive une fois enfiu,

MARGUERiTA. Je vais m'injfïénier de mon mieux, mon cher maître; et laissant là la poirée et les poireaux, je cours de ce pas chez elle pour votre affaire.

AMEHico. Oui ; et surtout souviens-toi bien, je t'en prie, d'appuyer sur mes qualités et sur mes gracieuses manières , comme je te l'ai dit tout à l'heure à la maison. N'oublie pas non plus que je laisse pour elle ma femme, qui est pourtant jeune et belle. Offre-lui de l'or, des chaînes, des parures. El toi-même, si lu désires quelque chose, tu n'as qu'à parler. Mais surtout (|ue ma femme n'ait pas le moindre vent de tout cela, si ta vie et ma bienveillance te sont chères!

MARGiiEKiTA. Quant à cela reposez-vous sur raoi.

AMERiGO. Or sus, Il faut que j'aille jusqu'au tribunal de commerce pour certaines affaires, et je reviendrai le plus tôt que je pourrai. Pendant cela, toi va chez elle : dis-lui tout ce que tu sais et viens me rapporter la réponse.

MARGiiERiTA. Je ny manquerai pas. JMais auparavant je vais remettre ce panier à la maison, prendre mes sabots, et un gros mantelet pour n'être pas mouillée s'il pleut.

AMERIGO. Va donc, dépèche-loi. Et pendant ce temps-là je cours à la place.

MARGiiERiTA. Allez; que Deu vous conduise. (Seule.) Le ciel me soit en aide ! Que dois-je faire maintenant? (Elle soupire.) Ah! ah! on a bien de la peine à gagner sa pauvre vie!

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