SCÈNE I
MARGHKRITA, seule.
II n'y eut jamais de femme plus malencontreuse que moi : l'un me poursuit et me tourmente, l'autre me presse et me sollicile; celuici me promet, celui-là veut me douner; et moi qui ne sais pas refuser, je les liens tous deux en espérance. Mon maître est amoureux de sa commère, et il s'est mis en lète de se servir de moi pour messagère et de me faire travailler en sa faveur. Moi, pour {jagiier de mon mieu:^ ses bonnes {traces, je lui fais croire que la commère l'aime, qu'elle est prête à tout faire pour lui et qu'il nelui manque rien que l'occasion. Le pauvre benêt prend pour bon tout ce que je lui conte, et cependant je n'en ai pas parlé à la commère , dans la crainte que ma maîtresse, sa femme, ne vienne à le savoir. D'autre part, voilà frère Alberigo qui s'est emmouraché de ma maîtresse, et qui s'imagine que je le sers auprès d'elle, quoique je ne lui en aie pas soufflé le mot. Néanmoins je les repais tous deux de mensonges et de contes en l'air, sans qu'ils y aient encore rien gagné. Mais qu'est-ce ? Oh ! oh ! voici notre bonhomme qui vient tout exprès pour me répéter dehors réternel radotage que tout à (Vieure, la-dedans, il ui'a fait sur son amour.
Cette comédie ne porte pas de litre dans l'original
ALFONSO, compère d'Amerigo FRÈRE ALBERIGO, ami d'Amerigo.