DRAMATIQUES
de se passionner pour sa commère! Et toi, petite carogne, tu lui promets de l'aider, et déjà, s'il faut t'en croire, tuas fait pour cela tous tes efforts! Est-ce là la récompense du bien que je l'ai fait?
MARGHERITA, pleurant. Uh! uh!... Ilélas ! ma chère maîtresse, je vous demande pardon. ;
CATTERIIVA. Vous n'ètcs toutcs bonnes qu'à ce méiier-là.
MARGHERITA. Je VOUS assupc quc voilà près de deux mois qu'il a commencé à me persécuter pour cela; et moi, [)ar attachement pour vous, je n'en ai pas dit un mot à la commère.
CATTERiKA. Ah ! petite dessalée ! n'ai-je pas entendu ce que tu as dit tout à l'heure dans la mai • son lorsque tu ne savais pas que j'écoutais?
MARGHERITA. Ce qucjai dit c'était seulement pour le conlenler, mais soyez bien sûre que de tout cela il n'y a pas un mot de vrai.
CATTERINA. Comment, pas un mot!
MARGHERITA, Non Certainement.
CATTERINA. Ainsi donc lu lui en donnes à garder comme à un butor !... Mais que dis-je ? il est plus sot qu'un oison. Ah ! que je suis mal tombée quand mes oncles, contraints par la pauvreté, m'ont donnée à ce vieillard sans cervelle qui a l'audace de faire l'amour à sa commère! Mais dis-moi un peu : que lui as-tu promisl'
MARGHERITA. D'aller l'entretenir et de le lui recommander.
CATTERINA. Et si je ne t'avais pas surprise , que voulais-tu faire?
MARGHERITA. RicH. J'aurais fait semblant d'y avoir été, et je lui aurais donné à croire quelque bourde.
CATTERINA. Pauvre homme ! Je ne m'étonne pas si depuis quelque temps il ne me réveille plus ' comme il faisait toutes les nuits , et s'il me sèvre de ses caresses accoutumées. Par la croix-Dieu ! ils voudraient nous enterrer toutes vives , nous autres pauvres femmes, aussitôt que nous sommes nées! Ainsi donc jeune comme je suis, je languirai à jeun tandis que mon vieux mari cherche à se pourvoir ailleurs! Non certes, il n'en sera pas ainsi ; et puisque les choses en sont là, je veux de mon côté faire quelque conquête.
MARGHERITA. Voilà parler, ça , ma chère mal tresse! Tandis que vous êtes fraîche, jeune e^ belle, usez de la m de manière que vous n'ayez
FRÈRE ALBERIGO.
pas à vous plaindre plus tard de vous-même, et que le corps n'ait point de reproches à faire à l'espr t.
CAiTERiNA. Mais commcnt veux-tu que je fasse? Je ne suis pas non plus femme à courir les rues et à me jeter ù la tète de quelqu'un
MARGHERiTA. Ah ! ma bonne maîtresse . Si vous saviez ce que je sais, moi !
CATTERiNA. Que sais-tu? Dis don»' 'mji Ae .-^uile.
MARGHERiTA. Dicu m'en garde ! Hélas ! non , non, vraiment ! Vous le prendriez mal;;eut-^tre ; et c'est pour cela que je vous ei his mystère depuis plusieurs mois.
CATTERINA. AUous, dis promp^cmenî . je veux le savoir ; j'en meurs d'envie ! . Dis donc !
MARGHERiTA. Un jeuuc horrimc, le plus beau de la ville en vérité, est perdu d'amour pour vous.
CATTERINA. Bounc nouvellc, mon enfant! Mais en es-tu bien certaine ?
MARGHERiTA. Plus quc ccrtaiot , je vous assure.
CATTERINA. Et quaud doD€ cela a-t-il commencé ?
MARGHERiTA. Voilà déjà longtemps.
CATTERINA. Pourquoi ne me l'avoir pas dit ?
MARCHERiTA. Jc uosais Vraiment , et c'était scabreux pour moi : vous me paraissiez une sainte Elisabeth, qui était cousine de notre Sauveur.
CATTERINA. Ne sais-tu point qu'on ne peut pas faire plus de plaisir aux femmes que de leur dire qu'on les chérit, qu'on les adore, surtout à celles qui me ressemblent? Que si quelquefois nous nous en montrons irritées et indignées en apparence, nous en sommes secrètement bien heureuses. Mais rentrons sur-le-champ à la maison afin que personne ne vienne nous interrompre, car je veux entendre tout à mon aise le récit des moindres particularités : et ce qu'il est, et ce qu'il t'a dit, et ce que tu lui as répondu.
MARGiiERiTA. Allous ; je vais vous rendre joyeuse et contente , ma maîtresse; il y a là du bonheur pour vous si vous voulez écouter mes avis.
CATTERINA. Vicns. Je ne me sens pas de joie!
MACCBUVELLL U.