SCÈNE I
CATTEKLNA, MARGHERITA
CATTERINA. Je t'avouc que j'espérais mieux de cette aventure.
MARGHERITA. Et pourquoi ?
CATTERINA. Vols-tu ? CCS moincs n'ont jamais été de mon goût ; et j'ai bien peur , si je m'empêtre avec eux, d'y perdre ma dévotion.
MARGHERITA. Vraiment, dévotion est bien trouvé ! Et avec qui voulez-vous donc vous empêtrer? avec quelque blondin qui lira conter à tout le monde .'^ Ne savez-vous pas que c'est leur coutume , et que vous risquez de devenir la fable de toute la ville?
CATTERINA. Je ferais en sorte de bien le connaître avant que d'aller plus loin.
MARGHERITA. Ils sout tous de la même pâte, et vous en seriez la dupe. Et puis je vous dirai plus : ils se vantent souvent de ce qu'ils n'ont même pas fait : songez à ce qu'ils diraient s'il y avait quelque chose de vrai! Avec les moines, au contraire, vous êtes en sûreté, car plus qu'à vous-même le secret leur est utile.
CATTERINA. A la bonnc heure , en ceci tu as raison; mais, sans parler du reste, cette odeur de sauvagine qu'ils répandent me soulève le cœur, rien que d'y penser.
MARGHERITA. Eh ! ch ! pauvrc petite ! Les moines, eh! il n'y a pas de race mieux faite pour le service des dames. C'est peut-être avec le nez que vous voulez prendre du plaisir? Hélas ! l'eau me vient à la bouche toutes les fois que je pense à un moine, mon bon ami : ô quelle bonne nature d'homme c'était ! Je sais bien quelle différence il y avait entre lui et mon mari!
CATTERINA. Qu'cst-il dcvcnu ?
MARGHERITA. U cst mort de la peste. Mais laissons cela. Essayez-en une fois, et ensuite vous m'en direz des nouvelles!
CATTERINA. Tu as allumé dans mon sein un désir qui m'agite et me consume. Va le voir tout de suite : fais qu'il m'aide à éloigner mon mari de son amour pour la commère ; et quand il en seravenuà bout, qu'il dispose de moi à son plaisir.
OUVRAGES DRAMATIQUES
MARGHERiTA. Maintenant, ma chère maîtresse,
je vois que vous êtes s.ige et prudente ainsi que je r;)i toujours pensé.
CATTERiNA. Écoute : il ne faut pas qu'il paraisse que cela vienne tout à fait de moi : fais-lui comprendre que je consens seulement à le récompenser d'im service rendu.
MARGHERiTA. Vous avcz parftutement raison; et je ne crois pas qu'il y ait au monde une femme plus habile et plus accorte que vous.
CATTERiNA. Cours , hâtc-toi : trouve-le sur-lechamp, et parle-lui comme il faut.
MARGHERiTA. Comptez sur moi , ma chère maîtresse; et que le bon Dieu vous bénisse!
CATTERiiNA. Or doiic je rentre à la maison, et je t'attendrai : fais en sorte de revenir promptement me donner une réponse.
MARGHERiTA. Je ne perdrai pas de temps. (Seule.) Oh ! oh! voyez un peu où je l'ai amenée sans nous en douter! Je sais que j'ai de l'arjjent à gagner avec ce gros moine; laissons-le seulement s'engageravec moi. Mais le voicijustement qui vient par ici , et-par bonheur il est seul. Frère Alberigo, vous voilà tout transporté de colère : où allez-vous si furieux ?