‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 323 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

GMiLlMACO, MESSER NICIA, LIGURIO.

CAiLiMACO. Qui est-ce qui me demande?

NiciA. Bona dies , domine magister.

CALLIMACO. Et vobis , domine doctor.

LiGLiRio. Qu'en dites-vous ?

NiCïA. Fort bien . par ma foi !

LIGURIO. Si vous voulez que je reste ici avec vous , vous parlerez de manière que je puisse vous comprendre; autrement nous nous chaufferons à deux feux.

CALLI31AC0. Quelle bonne affaire vous amène?

wiciA. Que vous dirai-je? je m'en vais cherchant deux choses qu'un autre fuirait peutêtre; des embarras pour moi et pour d'autres. Je n'ai pas d'enfants et j'en voudrais; c'est pour me donner ce souci que je viens vous déranger.

CAiiiMACO. 11 me sera toujours fort agréable de vous obliger, ainsi que tous les honnêtes gens , tous les hommes de bien tels que vous ; et si dans Paris j'ai consacré tant de veilles à l'étude , c'est surtout pour être utile à vos pareils.

wiciA. Grand merci ; et si vous aviez aussi besoin de mon ministère , je suis tout à votre service. Mais revenons ad rem nostram. Avezvous examiné si les bains conviendraient pour disposer ma femme à devenir grosse ? car je sais que Ligurio vous a conté de quoi il s'agit.

CALLIMACO. C'est vrai ; mais pour vous satisfaire il faut savoir la cause de la stérilité de votre femme, et il peut y en avoir plusieurs; nam causœ sterilitatis sunt, autin semlne, aut in matrice , aut in instrumentis semi-

nariis , autinvirgâ, aut in causa extrinsecâ^.

NiciA. Voilà le plus habile homme qu'il soit possible de trouver !

CALLOUCO. Il pourrait aussi se faire que cette stérilité eût pour cause une certaine impuissance de votre part, auquel cas le mal serait incurable.

NiciA. Impuissant ! moi ! Vous me faites rire ! Je ne crois pas que dans Florence il y en ait un plus vert et plus gaillard que moi. ^

CALLIMACO. Si ce n'cst point là la cause, soyez tranquille : nous vous trouverons quelque remède.

Nicu. Y aurait-il quelque autre expédient que les bains? Je voudrais bien m'éviter cet embarras, et ma femme ne s'absenterait pas volontiers de Florence.

LIGURIO. Oui, il y en a d'autres, c'est moi qui vous le garantis. Callimaco est d'une circonspection qui va jusqu'à l'excès. (A Callimaco.) Ne m'avez-vous pas dit que vous savez composer une potion dont l'effet est immanquable pour rendre une femme grosse ?

CALLinuco. Oui , mais j'y regarde à deux fois avec les gens que je ne connais pas, car je ne voudrais pas passer pour un charlatan.

NICIA. Soyez tranquille sur ce point : vous m'avez si bien émerveillé qu'il n'est chose au monde que je ne fusse prêt à croire ou à faire sur votre garantie.

LIGURIO. Il conviendrait , je pense, que vous vissiez les urines.

CALLii^iACO. Sans nul doute; c'est le moins qu'on puisse faire.

LIGURIO. Appelez Siro : qu'il aille pour cela avec le docteur, et qu'il revienne sur-le-champ ; nous l'attendrons à la maison.

CALLIMACO. Siro , va avec monsieur. Et vous , docteur, si vous le trouvez bon, revenez incontinent , et nous aviserons à quelque chose de souverain.

Nicu. Comment , si je le trouve bon ! Je reviens tout aussitôt, car j'ai plus de foi en vouque les Hongrois dans leur épée.

' L'auteur a eu une double intention en faisant parler ici son personnage en latin : il lui donne plus d'importance aux yeux du docteur imbécile, et il jette un yoiie léger sur des paroles bien assez faciles à compreadre »ans traduction.

OUVRAGES D

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