‹ Œuvres complètesChapitre 10 sur 323 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Mbsser NICIA, SIRO.

MCiA. , Parbleu ! ton maître est un bien habile homme !

ïiRO. Plus que vous ne pourriez dire.

wiciA. Le roi de France en doit faire grand cas!

SIRO. Fort grand.

NICIA. C'est pour cela qu'il se plaît si bien en France ?

SIRO. C'est pour cela.

niciA. Il a bien raison. Dans ce pays-ci il n'y a que des cancres; le mérite n'y est nullement prisé. Si ton maître demeurait ici , ils ne le regarderaient seulement pas. J'en sais quelque chose, moi qui ai rendu tripes et boyaux pour apprendre deux h^\ et si j'attendais après ma science pour dîner, j'aurais le temps de tirer la langue, tu peux m'en croire.

SIRO. Gagnez-^vous bien cent ducats l'an ?

MCIA. Pas cent livres, pas cent sous 2, voistu ! C'est que dans cette ville celui qui n'a pas de quoi vivre selon son rang ne trouve pas un chien qui jappe après lui, et nous ne sommes bons à rien si ce n'est à aller aux enterrements , aux assemblées de mariage, ou bien à nous dandiner tout le long du jour sur le banc du proconsul s. Mais je ne leur en veux pas : je

' L'expression est basse et grossière ; on a drt la choisir pour rendre le langage grossier du docteur; et encore nous restons au-dessous de l'énergie de l'italien : Jo... che ho cacato le curatelle per iinparar due hac. J.-B. Rousseau a traduit sans traduire : «11 n'y a point du légiste, sans vanité, mieux alimenté de paragraphes que moi.» Periès a dit : «Moi qui ai sué sang et eau pour apprendre deux hac.n Celte dernière version est moins éloignée du texte; mais suer sang et eau, qui donne le sens de l'italien , ne reproduit point la physionomie du langage trivial du docteur. Nous poumons faire la même remarque sur plus d'un passage: nous nous bornons à montrer par ce seul exemple quel a été noire système de traduction. C'est au lecteur à décider entre nos devanciers et nous. On voit que Periès a traduit mot à mot due hac: cela est inintelligible sans une explication. Hac, qu'on lit dans le texte de .Macchiavelli, e.st la vieille forme du mot acca, nom de la lettre h dans l'alphabet italien; et la phrase «apprendre deux h » signifie en langage florentin, selon les académiciens de la Crusca : « apprendre quelques bribes de science, » imparare qualche piccola particella di dottrina.

• L'italien dit grossi. Le grosso était un demi giulio et valait environ trois sous.

'J.-B. Rousseau a traduit : • Toute ia yie d'un doc-

RAMATIQUES

n'ai besoin de personne; je voudrais seulement que plus pauvre que moi me ressemblât. Cependant je ne serais pas bien aise qu'on m eût entendu : ils pourraient bien me camper sur le dos quelque amende ou quelque bosse qui me ferait suer.

SIRO. N'ayez pas peur.

iNiciA. Nous voilà au logis. Attends-moi ici : je reviens tout à l'heure,

SIRO. Allez.

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