ACTE III, SCENE
Sa femme, ainsi couchée dans une chambre dont les fenêtres ne devaient être qu'entr'ouverles , pouvait , grâce à l'obscurité , le recevoir comme si elle eût été la commère. Ensuite, après que le bonhomme aurait une seule fois secoué la couverture, elle devait se découvrir et se faire connaître, le grondant, l'accablant de reproches, l'invectivant et le poursuivant de ses cris jusque dans la rue. Le frère ajoutait que pour le reste on pouvait s'en rapporter à lui, l\Ia maîtresse et moi nous nous mettons en route, nous arrivons à la porte, nous ouvrons, nous entrons; nous montons d'abord dans la salle, ensuite dans la chambre, et nous ne voyons âme qui vive. Ma maîtresse se déshabille promptement, et sans autre cérémonie se met au lit; elle m'ordonne de tenir la fenêtre à demi fermée , de manière à laisser entrer assez de lumière pour qu'on puisse apercevoir le lit ; d'aller ensuite avertir son mari en laissant la porte entr'ouverte , et de presser enfin de mon mieux la conclusion de l'aventure. Ses ordres exécutés, jepars; mais je suis à peine au milieu de l'escalier, juste sur le pallier je rencontre le saint moine tout joyeux et transporté d'allégresse. Moi qui ne m'attendais pas à le voir et qui le rencontrais en face si à l'improviste, j'allais jeter un cri d'effroi; mais il me ferme tout soudain la bouche avec une poignée d'écus , et me dit que le jour qu'il a tant désiré est enfin venu. Il me fait comprendre ensuite qu'il faut que je sorte promptement, et que je reste au moins une heure à trouver mon maître afin qu'il ait le temps, lui , de chevaucher plus de deux milles. Je le laisse et je fais semblant de sortir ; mais j'aurais été bien fâchée de ne pas voir la fin , et de ne pas entendre ce qu'en allait dire ma maîtresse. Dès que je supposai que le frère était dans la chambre je vins tout aussitôt dans la salle , et tout doucement, tout doucement je m'approchai de la porte. Par une fente qui bâillait un peu j'ai vu ce gros moine qui s'était déjà dépouillé de sa robe et qui marchait droit au lit. Ma raaîtresse,bonnedan!e. ma foi ! s'est bien gardée de dire un mot : tout au contraire vous auriez dit une petite truie qui se sent gratter. Bientôt j'ai entendu des espèces de gémissements, comme ceux de ces gros matous qui vont la nuit à leurs amours. Alors je m'en suis allée, car je me sentais tout en feu encore une demi-heure après. Je suis allée trouver
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Amerîgo à Sainte-Croix où il m'attendait , et je lui ai dit ce qu'il avait à faire. Lui était aux anjjes II s'est mis prompteraent en route, et vous pouvez compter qu'il est maintenant à son affaire. Mais diantre ! s'il allait trouver le pauvre moine à cheval et sur sa bête , comment cela tinirait-il? Mais je suis bien sotte d'aller songer à cela, comme si ces moines n'étaient pas maîtres passés dans tous ces bons tours. Cependant entrons maintenant chez nous ; je me sens défaillir de besoin : allons manger quelque chose.