CAPRICE
Comte^ puisqu'en la Normandie, Pomone fait honte à Bacchus, Et qu'en ceste glace arrondie Brille une lumière ébaudie De la couleur de nos ecus ; Chantons à la table où nous sommes, A la table, où le Roy des hommes Nous traite en chers et francs voisins, Que le jus délicat des pommes Surpasse le jus des raisins.
Je le confesse, qu'on le croye,
Saint- Amand le dit, c'est assez,
Mon coeur, mon poulmon et mon foye,
A son esdat sautent de joye,
Et tous les soins en sont chassez;
C'est le doux honneur de septembre.
Il m'attire dans cette chambre
Par une secrette vertu,
Et mon corps, auprès de cet aiiiljrc,
S'émeut, et passe pour fétu.
Je ne me puis lasser d'en boire, Ma soif renaît en s'y noyant, Du Muscat je perds la mémoire Et mon oeil est comblé de gloire, De le voir ainsy flamboyant; Qu'il est frais I qu'il eet delectablel De moy, je tiens pour véritable, Lors que j'en trinque une santé.
Que le seul cidre est l'or potable Que l'Alchimie a tant vunté.
l44 OEUVRES DE DES Y VETE AUX
Page, remply moy ce granjd verre
Fourby de feuilles de figuier,
Afin que d'un son de tonnerre
Je m'écrie à toute la Terre,
Masse, à l'honneur du grand Seguier,
Je le révère^ je l'admire,
Il m'a fait, avec de la cire.
Une fortune de crystal,
Que je feray briller, et lire
Sur Ile marbre, et sur le métal.
C'est par luy que dans ma Province, On voit refleurir depuis peu Cet illustre et bel Art de Prince, Dont la matière frêle, et mince, Est le plus noble effort du feu; C'est par luy que de sable et d'herbe. Dessus les champs brûlés en gerbe, Des miracles se font chez moy, Et que maint ouvrage superbe Y prétend aux lèvres d'un Roy.
Que d'industrie, et de vitesse, Quand, animé d'un souffle humain, Un prodige en délicatesse S'enfle, et se forme, avec justesse, Sous ll'excellence d'une main!
Que de plaisir quand on la roue!
Quand un bras dénoué s'en joue Dedans Venise ou dans l'Altar, Et que d'ardeur mon âme avoue Pour ce vase, où rit ce Nectar!
POÉSIES i45
Mais cependant que je m'amuse
A caqueter de la façon,
Je ne voy pas que je m'abuse,
Que mon goût de longueur m'accuse,
Et que je fâche l'échançon;
Baille-moy, baille-moy la coupe,
Or, sus donc, virtueuse troupe.
Que d'un Toppegay, prompt, et clair.
On fende, on perce, on entrecoupe
Toutes les régions de l'air.
Ha! que ce bruit m'est agréable, Voilà répendu comme il faut.
J'en éprouve une aise incroyable, Et nôtre débauche est louable D'éclater pour un nom si haut; Aux grâces qu'on désire en elle, La retenue est criminelle, La froideur offense Themis, Bref, pour la rendre solennelle, L'excès même nous est permis
[Date douteuse]
[SUK LA COQUELUCHEl Inédit.
Bonne dame un peu trop commune Vous aymfez bien le changement.
Car après avoir veu la Lurte Et hanté tout le firmament,
l/jC ŒUVRES DE J)l> ^NETEAUX
Vous venez troubler la cervelle Ici-bas des pauvres humains, Et n'y a mâle ny femelle 8 Qui ne vous passe par ses (les) mains.
Pour moy, vous me pristes à table, Entre un melon et des muscats Et n'y a point de connétable
12 De qui j'eusse fait plus de cas;
Je m'en fâche de telle sorte Qu'aussy tost au lit je me mis Et dis que l'on fermast la porte
i6 Au meilleur de tous mes amis.
De m' endormir point de nouvelle;
Le sommeil aux dames déplaist;
Jamais en hyver sentinelle 20 Ne retint mieux l'heure qu'il est
Et ne sçavoys par mes services
Quand j'avoys connu trente Roys
Tirer autant de bénéfices 2/i Gomme j'esternué de foys.
Mes yeux pleuroient comme une vigne Qu'on a taillé (sic) hors de saison, Ou comme un homme qui rechigne
28 Voyant fumer dans sa maison.
Pour des bonnets en obélisque J'en avoy seize ou dix-sept Dont le moindre eust bien fait sa nique
32 Au grand Turban de Bajazet.
Aux fiévreux le courage manque Et faut qu'il demeure couché; Au Louvre, au palais, à la Planque, 36 On void l'homme encoqueluché,
Les Médecins, en grave geste, Disent, n'osant pas la guarir, Que c'est une Nimfe céleste ko Et qu'il la fault laisser courir.
Cette pièce inédite et non datée est au Ms. fr. 892 de \u Bib. Nat. (f. 27). Sur le f. 26 on lit cette note manuscrite : « Les poésies ms. qui suivent sont de Nicolas Vauquelin, seigneur des Yveteaux, par Y et non par I, ainsi qu'écrit le nouveau dictionnaire historique des grands hommes, par une Société de Gens de Lettres, imprimé à Caen. Ces mélanges ne paraissent pas avoir été imprimés (i).
La première, qui ne porte aucun titre, et qui est d'un style agréable, semble adressée à une espèce de Rhume, accompagné de fièvre et de toux violente, causé par l'intempérie de l'air. Comme cette maladie attaqua beaucoup de monde, il paraît qu'on la nomma la coqueluche. »
Il est probable, d'après cette note, qu'à l'époque oij fut écrite cette poésie spirituelle, présentée sous la forme amusante d'une énigme, d'ailleurs facile à résoudre, une sérieuse épidémie de coqueluche sévit à Paris.
Cette pièce a été reproduite par M. F. Lachèvre : Bibl. des Rec. Coll. (t. IV, p. 100).
(i) Ils nonl pas «té imprimés, en effet. Ce sont les stances. : Enfermé comme les grillons..., la fantaisie : Nous avons icy ta santé... (Voir eidessus ces poésies) et la présente pièce.