A M. DE SAINT-AMANT
Inédit.
Cher Saint- Amant, tant renommé, N'est-il pas vray que le Pommé A bien icv bas quelque chose Do ce qu'un bon Turc se propose
5 De boire dans son Paradis,
Bien plus faux que nos Amadis; Et que la douceur ineffable Du Cidre, fait tenir pour fable Que jamais la table des Dieux
lo Ait eu rien plus délicieux?
O'iand Homère abbreuve leurs lippes De Nectar, c'est comme aus Tulippes, A qui tous ces bons compagnons Po\ir faire valoir leurs oignons,
i5 Donnent des noms à fantaisies.
Comme il donne à son Ambrosie.
Mais le menterer (?) de son métier N'en vid jamais demy^setier,
(i) Remarquez cf^pendant la rim<> trè? insuffisante de « verte » et « collere » (v, 3o-3a).
POÉSIES l4l
Et lors qu'après la grand tempête 20 Des Geans, le Ciel en fit fête,
Les Dieux estant tout étourdis,
D'avoir veu des gens si hardis,
Jupiter qui leur mit la nappe,
Pinçoit les raisins et la grape, 20 Les tenant tous au Cabaret
Tant qu'il trouva blanc et clairet;
Mais cette grand troupe JEihérée,
Ne put estre desaltérée;
Si bien que ces gosiers divins 3o Vinrent à bout de tous leurs vins;
Mars, en jettant sa pertuisane,
Se vid réduit à la ptisane;
Le vieux Vulcan au dos voûté,
Buvoit du verjus éventé; 35 Phebus n'avoit plus de salive ;
Minerve suçoit une olive;
Et Vénus un méchant pruneau;
Saturne estoit sous un tonneau;
Et Mercure, en courte jacquette, 4o Ne buvoit que de la piquette,
S'empêchant de beaucoup manger,
Afin d'estre un peu plus léger
Pour aller vite en Ambassade
Vers tous les parens d'Encelade 45 Les croyant toujours à son eu,
Ou par assaut, ou par blocu. , Nous, sans faire fête, ni veille,
Bûmes chacun une bouteille,
De ce jus au jaune doré, 5o De moy tellement adoré.
Que, sans flater la Normandie,
Par force il faut que je vous die,
Comme à l'un de ses ApoUons,
Que s'il faloit que les Melons
55 Vinsent au temps de ce doux boire,
Douteuse en seroit la victoire,
Et jugeioit bien hazardeux
Qui rejetteroit l'un des deux.
Mais cette prudente Matrone, 60 Nature, a toujours plus d'un trône,
Pour faire assoir, sans murmurer.
Ceux qui ne peuvent s'endurer;
Car ce sont des impertinences
D'associer deux Eminences, 65 Et quand les Melons auront lieu,
Au cidre je veux dire adieu
Mais devant ce fâcheux divorce,
Je puis jurer en foy de Corse,
Que quand je serois par delà 70 Galecut, Japon, Bengala,
Ou bien avant dedans la Perse,
J'accouray, s'il faut que l'on perce
Ce vaisseau saint et précieux,
Receu comme venant des cieux; 75 Car, pour moy, je mets en ce compte.
Tout ce qui vient du brave Comte
Dont la Vertu paroît icy.
Comme sa défence à Nancy.
Cette pièce amusante, écrite avec la plus grande facilité, est inédite (i) : elle est au Recueil Conrart (Bib. Ars. Ms. 4i23. ff 599-602) tome 18.
Cette pièce fut écrite à Saint- Amant à propos d'un a Caprice » que celui-ci avait adressé au Comte de Brionne (auquel font d'ailleurs allusion les trois derniers vers de la pièce de Des Yveteaux); nous n'avons aucune indication sur la date de ces deux pièces, dont la seconde (Recueil Conrart T. 18. ff 595-598) est loin de valoir la réponse de Des Yveteaux qu'on vient de lire; qu'on en juge par la lecture :
(0 M. Lnchèvrc l'a reproduite dans sa BihL des Bec. Coll. (T. Il, p. 25?).