‹ Œuvres complètes;Chapitre 46 sur 51 · FAGTUM CONTRE GUILLAUME VAUQUELIN · texte numérisé non relu

FAGTUM CONTRE GUILLAUME VAUQUELIN

ponse à la Lettre de Monsieur de la Frenaye (i) » dans laquelle il réfute, point par point, les accusations de son l'rère. Cette justification de toute sa vie, écrite par luimême ne pouvait pas être omise ici. Blanchemain ne l'a pas imprimée dans son édition des Œuvres de Des Yveteaux. C'est donc la première fois que cette longue lettre est donnée in-extenso. Je n'ai pas voulu reproduire la lettre de <juillaume dénuée d'intérêt, mais j'ai été obligé d'en citer de nombreux passages en note, pour éclaircir les explications fournies par Des Yveteaux. Ces passages, entre guillemets, seront suivis de la lettre (F), lettre adoptée conventionnellement pour désigner ce factum.

Mon Frère,

Je viens de recevoir vostre papier imprimé par les mains d'un de mes amis, assés tard, et auquel je l'ay aussy-tost rendu, pource qu'il m'a dit qu'il n'estoit pas à luy. C'est pourquoy j'y répons à lettre veiie, ne croyant pas qu'il soit de la condition de mon âge ny de la dignité de mon style de les abaisser jusques-là que de travailler mon esprit, qui se doit reposer en lia mémoire des choses passées, pour y faire sérieusement une réponse laborieuse ou industrieuse; j'ayme mieux estre redoutable à vos mensonges par les armes de la vérité, que par la force des paroles, qui sont le plus souvent si trompeuses et si peu fructueuses, encore qu'elles soient écrites, qu'elles sont comme les inscriptions et les belles devises que l'on met sur le front des bastimens, et dans la frize des cheminées qui ne servent pourtant que d'entretien aux passans, et au peuple, comme feront nos discours à mon très-grand regret. Mais- je suis asseuré que le traicté de paix de Munster (2) ne sera point rompu ny diverty pour cela, et que ces debâs ne causeront point la des-union des confédérés avec la Couronne de France ; que

(i) Bib. Nat. 4* Fm 34355. Voir la Bibliographie des Factums dans iKitre FJnde fur Des Yveteaux.

(a) Les délibérations s'ouvrirent à Munster en avril i64'5 et les traités do Westphalie furent signés le 25 octobre i648.

l8o ŒUVRES DE DES Y VETE AUX

d'ailleurs il est certain que l'esprit qui n'est point exercé se flétrit, et que la vertu qui n'a point d'aversaire se moisit et devient languissante. De plus je vous diray franchement qu'iil y a beaucoup de gens de peu comme vous, et d'esprits fort communs, sans nom et sans mérite, qui en acquièrent et se mettent en estime en écrivant aux hommes rares, et qui sont rcnoiuiiiés par Iriir.s ycrliis : car encore que je ne sois pas de ce nombre, je croy que la première clarté et la seule lumière de vostre réputation après soixante et dix ans à paru par celle de m'avoir osé écrire, n'y ayant aucune qualité en vous que celle de Frère, qui vous eust osé faire prendre un avantage si audacieux en une si mauvaise rencontre, dans laquelle vous prenés à tache par cette occasion de décrier lia forme et la conduite de ma vie et de ma famille, dont vous publiés et augmentés oprobrieusement les defaus, et en cachés et diminués les vertus, ou les tournés en vices, de la mesme façon que vostre fils a pris le tems par la mort de Lezinières (pensant le perdre par la mort de mon Neveu (i) son cousin) (2) d'entrer en la possession de ma maison et de mon bien par une avanture calamiteuse, dans llaquelle il devoit secourir, selon toutes sortes de loix Chrestiennes, politiques, ou barbares, un(^ antique probité affligée. Mais pour commencer à vous repondre, vous me mandés que vous doutés si j'ay fait le Factum et le Sonnet qui est à la fin de vostre réponse (3), ou de celle de vostre Clerc, surquoy je diray en riant que je n'ay jamais esté accusé cojiimc vous, d'avoir baillé ou laissé ma besongne à faire à d'au lies, et que j'ay fait H'un et reveu l'autre à demy-fait, estant asseuré sans vous le demander que, hors les louanges que vous donnés à vostre fils, vous

(t) Nicolas VaiKiuc'lin, siour de Sacy et ûc Robours.

(2) « Je sçay par iê raisonnement ordinaire, qu'il est impoeftiblo que mon fils ait pu deviner que Lesiniere seroit tué dans vostre maison, et pour dire qu'il ait préparé cette action, afin d'en tirer avantage, il faudroil auparavant qu'il eust conspiré avec vos gents, et non pas arec Lesiniere c[ni entra seul dans vostre maison. » (F)..

(3) <( ... deux ouvrages qu'on dit estre sortis de vostre esprit. Le premier est un sonnet, le second est un factum... ce libelle que je n'ai cru vostre... » (F).

Le sonnet dont il s'agit est celui qui commence par ce vers : Avoir peu de parene, moine de train que de rente... qn-e Guillaume a imprimé, pour la prem.ière fois, à la lin de sa lettre.

FAGTUM CONTRE Cl II. I, MME VAUQUELIN l8l

n'avés pas fait un seul mot de la lettre que vous vous attribués, et que vous ne l'avez envoyée et promenée par le monde que comme les Crieurs de Gazette, qui n'ont d'autre part à l'ouvrage qu'ils portent que la distribution, ou comme les Escuiers des Dames qui n'ont d'autre commerce avec elles que les mener en visites. Je vous ay toujours connu pour n'avoir nullle pensée ferme ny continuée, pour n'avoir formé aucun style net ny arresté, tant s'en faut qu'il fut desgag^ avec quelque ordre, comme est cestuy-cy, par lequel les choses sont déguisées avec assés d'art soûs des narrations justificatives fort simples et fort candides en apparence, mais fort fardées et fort artificieuses en effect, qui resseml)lpnt à l'argent et à l'estain, qui sont les métaux les pHus blans, et qui neantmoins font les marques et les lignes les plus noires : toutefois si l'ignorante franchise et la brusque sincérité que j'ay connues autrefois en vous estoient constantes, et qu'dlles ne fussent point intervallaires par vostre légèreté naturelle, je m'accomoderois à vos autres conditions, et les préfererois aux qualités malignes et fourbesques de vostre fils, que vous nommés unique, et que vous devriés nommer inique; car à parler à la mode du tems je diray avec déplaisir et sans le haïr, estimant ceux qui sont parfaits en leurs figures, que c'est le pHus fîdeîle trompeur et l'imposteur le plus loyal qui soit aux quatre coins du monde^ et qu'il n'y a point de Grec ni de Grenadin à qui il ne puisse encore mettre les armes à la main, ny de Maltais ou d'autre Insulaire qu'iH ne renvoyé à l'ecolle. C'est pourquoi dès que je lui escrivy, il y a douze ou quinze ans la première lettre (t), qu'il a fait imprimer et de laquelle il veut tirer quelque utilité normande, je Huy recommandois la franchise, et le conjurois par le soin qu'il devoit avoir de prolonger mes années, et de me les rendre longues et bonnes, de vivre dans nos interests avec intégrité, ne voyant encore personne de mes proches que je pusse considérer, et neantmoins quoy qu'il fût le phis avancé en âge et en la connoissance des hommes, on n'a jamais veu de legs de moy ny de dispositions testamentaires absolument en sa faveur. Cependant depuis ce temps l?i croyant s'estre fait maistre de mes volontés et par force, et par les règles

(j) Voir ri-npro«, pn^rp ^o*».

i8p. œuvres dk dks yveteaux

du pays de sapience, il n'y a mauvais tour qu'il ne m'ayt fait, ny infidélité que je n'aye éprouvée de sa part, m'ayant suscité ce dernier acddent, et traicté plus mal qu'un More le plus vindicatif qui soit dans toutes Iles trois Affriques, ne peut traicter ses plus grands ennemis, ayant tâché de me mettre dans le mépris du monde, comme si j'eusse eu coûtes les Estoiles ennemies. Toutesfois, mon frère, vous .rovf's que c'est la seule idée, et le simulacre vivant de toutes les sciences, que le jugement des habiles hommes qui ne sont pHus, ou à qui il est échappé, s'est réfugié dans sn teste, où vous pensés qu'il y à bien moins de cheveus que de vertus, que ses pensées sont angeliques, ses grâces naturelles toutes célestes, que s'il mouroit tout le monde anroit les yeux ploureus et que par grâce particulière en naissant il à eu la connoissance du bien et du mal. C'est pourquoy i'I n'estoit pas besoin de le faire nourrir en toutes sortent de sciences comme vous écrives (i), car c'est .à mon avis ce qui le rend ainsi boursoufflé; pource que le monde dit que la scionre à acconstunié d'enfler : Nonobstant tout cela, un Astrologue fameux en la judiciaire, n'a pas laissé do dire de luy quand il est venu au monde qu'il estoit né un Asne au Roy de France si gros et si pesant qu'on ne le pourroit faire marcher qu'à coups de bâston, et qu'iil repondoit bien qu'il ne voUleroit jamais en l'air comme le Pegaze dont vous fnites mention (î>\ mais pour voiler les siens en terre qu'il n'en repondoit pas; cela peut-estre vous a obligé .\ publier pour affaiblir cette prédiction qu'il estoit bien fait d'<^sprit et de corps (3) estant superflu autrement, puisqu'il est éminemment exposé à la veuë, et à la connoissance du monde, qui ne trouve pas estrange qu'iî soit bien fait puis qu'il y avoit de la matî^re pour en faire quatre, et il seroit diîrne d'admiration (avant mesme nom Hercule) si l'on estoit asseuré que ce fust le labeur d'un homme seul et

fi) " ... Je n'ay n>n cspargné pour l'éducation de mon fil» : c'a esté moy, ot non pas vous, qui l'ay pslpvé avec tous les soins qui m'ont esté posfliblofi... Ayant ronrontré un bon naturel, jo l'ay fait instruire en toutes portes de srienros afin de le rendre plus capable... » (F).

(-i) <( ... lin rnnrrier j)liis dilifrent, fut-il monté sur le Pepnze... » (F).

(3) (( ... e<t que je poii\ dire, sanp me flatter, eetre bien fait d'esprtt et de <"orp=. » CF).

FAGTUM CONTRE OffLI Vf \TE VAUQUELIN i83

l'ouvrage d'une nuict, et pourroit-on dire dé-ja de lui ce (jue l'on disoit après cinq cens ans de l'Empire de Rome que magnitudine et pingiiedine lavorat sua (i). Il n'estoit pas non pîlus nécessaire de dire qu'il a des enfans d'un honneste mariage pour justifier leur naissance : car l'on croit icv que tous les mariages sont honnestes, et qu'il y en a peu de sterilles aux villes peuplées d'honnestes gens comme Paris : ce qui me fait espérer comme je le désire, que vous aurés bien tost des lances avec des quenouilles. Te ne laisseray pas de vous dire après cette petite digression que je suis niarry que mon sonnet (■>.) iTave esté porté en Normandie comme je l'ay fait, sans avoir esté altéré par vos mauvais copistes, car il n'est vicieux que de la façon dont vous l'avez fait imprimer, y ayant des fautes poétiques en quatre on cinq endroits (^) : mais non pas essenciellles ny de conscience : romnie ]e« foihles calomniateurs sVstudient à remarquer. Ces petits poëmes font des rayons d'une plus grande lumière que les Grecs appellent parerga (f[), qui sont pluslost d'humeur et de caprice que de dessein, et qui ne peuvent estre si bien exprimés que par les morceaux delicâs quv^ les Peintres ajoutent de leur main aux coins de leurs Tableaux ITistoriques et sçavans; on l'on voit des paysages avec quelque ordre d'Architecture, ot rnmme on <à acconstumé de môler des salades parmy V« viandes solides, et mettre mêmes des fleurs sur les meilleures tables. Il est permis aux espris fleuris, et qui ont de la vigueur de reste, de mêler des choses légères avec des oeuvres de plus grand poids, comme ]Tossible on en verra de moy fr)). Pour la fin âw Sonnet sur lequel vostre clerc plus habile que vous eust voulu faire quelque remarque scandaleuse, indigne d'un honneste hr)nime, et d'un esprit judicieux, je diray que je n'av pa< es!udî(' -^n eela ?i me représenter seul, et que le* félicités exprimées dans ce Sonnet, ne sont pas réduites h

(i) Il sVrrnnlp «nus \e poid'^ de sa propre grandeur. (z^) Tl s'nîrif f'^iioiir^ du mrmo sonnot :

Avoir pni do p'iren?, moin? do trnîn que de rente...

(.">) Cppondnnt tous If? Rooiioils rollfctiff; âe l'époqiie donnent \o m^me tfvto. à qiiolonv^ v^iri^into-: r>Tt'<. p^ii impnrtnnto« (V. n'-dossus, pHi^ro t^-^.)

f/'O Parerga. Hors-d'œuTre. Objet? nrcessoiros.

(5) Des Yvetonux n'a pif: tenn sa promesse. Nous n'avons rien retroiiyé de lui qui soit vérita]>lenient « d'un grand poids ».

l8/i ŒUVRES DE DES YVETEAUX

mes imaginations particulières, car dlles se doivent estendre jusques aux pensées de ceux qui ont autrefois esté mariés; mais puis que vous ne vous estes pas contenté de mettre ce Sonnet au jour, et que vous avés voulu publier des lettres écrites sur des sujets domestiques (i) (par lesqueilles mon ame paroist pourtant plus nette que ma liberté ne semble suspecte) il est vray que si je n'estois plus observé et plus retenu que vous, j'aurois à la fin de ce papier fait imprimer une Lettre de fouë nostre Mère, qui me miandoit sur ses derniers jours que je trouvasse bon qu'elle se retirast à Paris auprès de moy, ne pouvant supporter vos mauvais traitemens, pour lesquels elle vous avoit donné sa malédiction. Surquoy je vous dirois que vous eussiés peu donner raisonnablement la vostre à ce fils si parfait, si j'eusse voulu vous faire voir des entretiens plus abominables que dissolus, contenus en une Lettre que je receu par bazard, et par équivoque de nos deux noms, qui m'ayant fait trop tost ouvrir le paquet, m'y fit trouver aussi une dépesche qui venoit de Rome^ écrite par un de ses meillleurs et plus mauvais amis, que je brûlé tout à l'heure, dont le dehors seulement vous fera cognoistre le dedans, l'inscription estant i'n ces mots. Al signor Hercole patricio di Gojnorra (3). Je m'ayme si peu en ces pays-là, que je ne m'y veux guère arrester, estimant plus nécessaire de répondre à trois ou quatre choses, dont vous me voulés convaincre par la déclaration que vous faites, que vostre fils ne m'est point redevable, taschant de le monstrer par cette lettre que vous avés envoyée, et qu'il fait porter en tous les Monastères?, Coleges, Congrégations, et Synodes de village, et me fait prier on mcsmo téms infidellement à sa mode de n'y point faire de réponse; mais il falHoit, ce me semble, devant que de purger son ingratitude, purger la vostre. Car tant que j'ay esté en quelque considération auprès de Henry le Grand de glorieuse mémoire mon Maistre, j'*ay tousjours esté occupé et mon crédit incessamment employé pour appaiser les querelles impérieuses, et insolentes que vous faisiés au Gouverneur do Ha Ville et Chasteau de Caen,

(i) Voîr ci-dpssouf;, p. ^o-^-oor».

(r?) An spîgnpiir Ilermlp, patron de Gomorrh*.

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avec toutes sortes d'injustes trangressions, estant soiislevé et enorgueilly à cela par le peu de faveur que j'avois, de sorte que le Roy me dit un jour dans la Gallerie du Louvre en revenant des Thui'Ueries, De.syveteaux vous avés un frère si coquelineiis (qui est un mot que j'ay aj)j)ris do luy) qii encore que je vous ayme beaucoup, il me lasse et m'importune par ses impertinences si fréquentes. Sa Majesté ne laissa pas, comme vous sçavés, cslant à Fontaineihleau, et vous à Paris, de me redonner l'office de Président Presidial de Caen, duquel le gendre de Monsieur Morant Trésorier de l'Espargne avoit esté pourveu à la recommandation de Atessieurs de Sully, le Chancelier et de Guise, qui pour nostre mal 'heur demeura ce soir-là le dernier au coucher du Roy, et qui tira son rideau, que je reliray (h^mve luMire a{)res, avec une assés périlleuse privante, et envoya neantmoins à l'heure quérir Monsieur de la Varanne, pour aller toute la nuict dire à Monsieur de Sully que si la charge m'appartenoit qu'il me fit justice, et que si ellle n'estoit point à moy qu'il vouloit absolument que je l'eusse pour les agréables services que je luy rendois auprès de ses enfans (i). De sorte qu'il me semble en cela que vous me devés quelque chose, mesme par !les plus chicaneuses interprétations de Normandie, pour ce que vous avés exercé, tenu et vendu la charge sans m'en faire aucune raison. Depuis sa mort, le Roy Louis XITI son fils crut pendant la confusion qui suivit la régence, que la Roy ne sa Mère avait pris les armes contre luy, et alla assiéger Ile Chasteau de Caen, ou il donna la conduitte de ce siège et le commandement de ses armes à Monsieur le Marescha) de Pralin. qui dit que la première chose qu'il ifalloit faire, c'estoit de couper la teste au Lieutenant General, sui-quoy M. Arnault, Mareschal de Champ luy demanda ce qu'il pensoit dire, cl que c'estoit le frère du meilleur amy qu'il eust au monde en me nommant. Ce fut alors qu'estant fort épouvanté, vous m'envoyastes

fi) « ... A ce prf'sent que vous publiez avoir fait don à mon fils de la charge de Présiilont n)v mesme S-iège, que vous n'avez jamais possédée, et qui n'n 1)0; iit e^té entre les mains de mon fils. 'Cet Office appartenoit à mon Père, qui me le donnn. à condition de bailler dix mille livras à mon fr^re de S'acy, ce que je fis nlors, et depuis je l'ay exercé Tespace de quarante années conjfjiutemcnt avec mon office de Lieutenant Général, mesmes aprè< avoir resigné le dernier à mon fils, et depuis qu'il a eu la charge de maistre des Requestes. » (F).

l86 ŒUVRES DE DES YVETEAUX

on poste reluy qui a fail voslri' Lotlro iiiipriméo, <jne Je renvoyay promptement, et escrivy à tous mes amis, particulièrement à Monsieur de Sceaux, Secrétaire d'Estat, qui, depuis n'ayda pas seulement à vous sauver la vie, estant engagé comme vous estiés dans cette conjuration, pour laquellle l'on vous avoit promis l'office de Premier Président à R'Oiien, mais accomoda cvWr affaire à vostre contenlement, avec une grande peine, et une extrême affection. Je sçay bien que vostre fils ne m'a pas grande obligation pour cela; car comme je connois son naturel, il eust mieux aymé, liigere revulsum qiiam debere caput, c'est-à-dire pleurer plustost la teste de son père que de me la devoir, et puis dire qu'il ne m'est pas moins redevable, de la sienne que vous de la vostre, d'avoir deffendu comme j'ay fait h tous ceux de chés moy de redire les dernières et véritables paroles de feu Leziniere (i) par lesquels cet ingrat ne laisse pas d'estre criminel devant Dieu, encore qu'il ne soit pas chargé devant les hommes, n'ayant pas voulu contre mon propre interest, et pour le sien, ahscondenda profiteri nec omnia sciens, omnia exequi (î»), et avec tout cela s'il veut ne me jamais rien demander, je me tiendray fort obligé, encore que je n'aye eu que trois mil escus de l'Office de Lieutenant, et que je n'aye point porté de gans d'Espagne de sa main, croyant que luy me.sme n'en à jamais eu, et pour les Tableaux vous y estes si peu sçavant, et hiy aussi, que vous n'en devriés jamais parler, cela n'ayant rien de c(!mmun avec la chrani(iiie [\o Xorniandio (3), Te luy ay véritablement troqué quelques portrais domestiques de nos devanciers, à des courtisanes fameuses, cause de sa prison, dans la([uelle elles me donnèrent sujet de l'obliger (le Pape qui avoit esté Nonce en France se souvenant de mon nom). Ce que je dis sans vouloir obscurcir la splendeur de la délicate Histoire de Gcnnes, contenue dans vostre Lettre, que l'on ne trouvera jamais dans les Annalles, Centuries ou Chronologies, de qu<"lques Autheurs que ce soit, dont les précieux

(i) Sur la mort violontp (]e Léziniorc, voir notre Etude ftvr la Vie d£ Drf Yveteniur.

(2) Fairr paraître cf qui (lovait ro?tcr rnrh(^, ni sachant tont, tout poursuivre.

(3) ... « Mon fils rovonant d'Espapno et d'Italie, vous apporta pour millo psfMi» rie tableanx, rie rlesseins, de crayons, de pants d'Espagne, et d'autres ciiriofdlcz et nirotcz qu'il voue donna. » (F).

FACTUM CONTRE GIJIM, AtJME V AUQUELIN 187

mémoires ont esté envoyés à Caen par vostre fils,, cogneu de tout le monde par le nom de jalUûuUi (i). Mais celle IJistoire pourtant n'a garde d'estre si pilaisante ni si véritable que ceille du Catalan, qui fut pris par luy pour un espion important pendant son Intendance de Languedoc, et qui luy découvrit et confessa artificieuscment par son interrogatoire qu'il n'avoit d'autre pensée que d'aller à Rome à pié, afin de faire pénitence, et demander pardon à 8a Saincloté porqué avia tenido negotio conqiiatro animales (2) ^ ce que crut ce lourdaut canonisable, et depescha promptement à Monseigneur le Cardinal de Richelieu : mais Ile Courier fut si peu régalé et si mal depesché, que jamais Son Eminence ne parla de personne, avec une si ignominieuse déjection, et ftant de mespris que de luy, et dit) en colère que la cinqiriesme hoste, et la pJii? grosso avec laquelle le Catalan avoit eu affaire estoit Monsieur l'Intendant, qui fut aussitost révoqué honteusement, comme un illustre concussionnaire; Je n'avois pas laissé pourtant, par l'advis de M. le Roy de remercier Sa Majesté de ce qu'elle avoit eu ses services agréables à ma recommandation, sous laquelle il avoit mis ses fautes à couvert, ce que je fis assés commodément : mais ce ne fut pas sans la raillerie ordinaire, avec laquelle le Roy avoit accoustumé de me faire ceste grâce de s'entretenir avec rnoy, dont la bonne fortune, et les Lettres svn-prises du grand Escuyer furent le sujet, me prévalant par l'avantage de vostre fils, et de sa famille, des qualités poétiques que vous me reprochés (3) car je vf)iilii ]irendre pour fable, et pour métamorphose, ce que sa Majesté et toute la Cour tenoient pour Histoire très véritable. Ce qu'il me fascheroit bien de renonveller sans vosle ingratitude. Tl est vray que comme les nues s'elevent par la vertu du Soleil, qui les attire de la terre, (M puis s'estant formées couvrent à la fin, et pour quelques jours le corps de sa lumière essentielle, ainsi depuis que je vous ay élevez, vous avés voulu diminuer ce que j'ay acquis de vray honneur, et ce qui me reste de

(i) En Italipn. faUa iiMi, mof-à-mot : nous commettons tous des fntite?.

(5) Parco qu'il avait foit dn commerce avec qtiatre animaux (ospagnoi'i.

(3) « Vostre Poésie descouvre avec beaucoup de liberté celle de vos inclinations en ce qu'elle nous fait connoistre le désir, que vous avez de conserver jusques i\ la mort cette douceur de vie, que vous avez reeluMchée d'cpuis vostre retraite hors de la Cout. » (F).

lOO OEUVRES DE DES YVETEAUX

solide réputation sur mon vieil âge, n'ayant point eu d'éclat, pour petit qu'il soit, depuis vostre prétention qui ne vous ait fait mal aux yeus. Jje vous demanderois volontiers qu'est devenue la souvenance de tant de bienfais que vous promettiés si religieusement de conserver éternelle, particulièrement quand vous remportâtes d'icy une somme considérable d'argent, ayant esté par ma faveur député de la Province de Normandie, et de la Ville de Caen tout ensemble, pour assister à l'assemblée des Estats généraux, pendant laquelle je vous tins chés moy, sans me trouver chargé de vostre équipage que vous tenés assés honneste quand ce n'est pas à vos despens : mais au lieu d'en conserver la mémoire, vous me demandâtes depuis insolemment et sévèrement où estoit une bague que je portois^ et que vous vouHiés scavoir ce que j'en avois fait, et ce qu'elle estoit devenue, prétendant des lors, en me. rendant comptal)le, de m'oster l'usage, et la disposition des moindres choses de ma maison : Je ne puis pas estre satisfait de tout cela, sinon par le Pétrarque qui dit Chiunque dice pédante, ogni miseria conchiunde sicome nel dir ingrato sinchinde ogni difetto (i). Car vous avés ces deus qualités au suprême degré, et principalement vostre fils qui ne peut pas oublier que depuis qu'il est Conseiller d'Estat, j'ay écrit plusieurs fois à M. de Lionne pour le prier de luy procurer auprès de son eminence, à qui je dois beaucoup (l'Europe et la France encore plus) quelque employ ans Royaumes Estrano-crs, convenable à cens qu'il avoit eu par son moyen dans les Provinces. Je n'ay pas attendu d'estre payé de ces bons Offices^ en vous attachant tous deus avec des chesnes de servitude et de reproche. Je n'ay pas pensé A lier vostre condition, de façon qu'elle fust sujette à la mienne par mille sortes de soumissions, mais je n'esperois pas que ma vieillesse fust opprimée, ma réputation offusquée, et l'innocence de ma liberté vertueuse, étoufée sous le poids des calomnies de tant de lil^cllcs diffamatoires (que vous publiés au nom d'une pauvre et miserablo vcfvc T^), les ayant

(i) « I.o mot pV^dont ronforme tonto^s les mip^^e8 de mAme qu« 1^ mot insrnt ronfiont toii« lof r1(^fniit5. » (Pétrnrqu^).

(9) Il s'ajïit de In vpiivo du siVnr L('zini^^o, assassine an fanbourfr Sainl- Cermain, dane la propre mai«on de Dos TvPtoaiix. fVoir notrp Etad* sur la Vie de Dex Yi^ttemir.)

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chargés de toutes les injures que vous avés creu me pouvoir appliquer, pourveu qu elles me pussent estre nuisibles, et que vous avés empruntées des siècles, des hommes et des lieus les plus corrompus, aliii de débiliter le reste de ma santé, et me faire perdre les Estriers^ comme vous esperiés, ayant dit chés vous que puis que je n'estois point mort en cette occasion, je n'estois point mortel, croyant m'avoir dépouillé, et desaccompagné de toutes les choses qui m'estoyent nécessaires". En quoy vous avés fait comme les serpeus, qui pour nuire plus perilleusement, vont chercher les plantes les plus remplies de poison, encore qu'elles soient bien esloignées, dont ils frotent et couvrent leur plan, et mangent des herbes les plus vénéneuses alin qu'après par la sul'fusion de leurs mauvaises vapeurs, ils facent périr plus aisément les choses les plus pures qu'ils ont entrepris de perdre (i). C'eust esté là aussi que j'eusse deu perdre la modeste continence que je dois au public, et de la déférence respectueuse qui est deuë au sang de la maison, pour vous ramentevoir le faus et solitaire Pèlerinage que vous listes il y a long-tems, à la Delivrande qui est à trois lieues de Caen, pour l'expiation d'une certaine grossesse que je n'ay jamais ny voulu croire, ny pu décroire. C'eust esté là encore que je vous eusse deu renouveler la fin de vostre seconde femme, dont vous n'estes pas seulement coupable par les circonstances de sa mort, mais par des accusations solides, auxquelles je n'ay point voulu adjouter de foy, encore que vous m'ayés fort inquiété icy, pour sçavoir s'il n'y avoit point de Médecin qui tint l'Epilepsie contagieuse et mortelle, ce qui m'obligea de vous renvoyer à Alexander Tralianus : Et depuis cest accident, l'on à remarqué que vostre conscience a esté tellement agitée, que votre teste en à suivy les mouvemens par un tremblement continuel. Mais pour revenir à nos affaires, chacun sçait que vostre fils a esté de porte en porte voir tous les Conseillers d'Estats et tous les Maistres des Requestes, qu'il a fait comparoir un Advocat au Conseil du Roy, à qui Monseigneur le Chancelier parla en termes dignes de sa- vertu, et de sa souveraine Magistrature, et quoy que de-

(i) Cette vieille croyance, que les serpents venimeux tiraient leur v^nin d*? plantée vénéneuses, a longtemps subsisté dans le peuple. Il a fallu les découvertes de la science moderne pour détruire cette erreur.

igO OEUVRES DE DES YVE FE \UX

puis vuus ayés publié par votre Lettre, qu'il n'a pas veu Messieurs du l^arlement, il n'a pas laissé d'envoyer tous les païens de sa femme, qui se sont à la veuë de cûacun^ et à mes rencontres particulières, déclarés soliciteurs publics (le cette affaire, sans mettre en conte les passedessous et les armes couvertes, avec llesquellcs il a tasché par des artilici;s secrets de blesser ma réputation, et d« faire glisser dans l'esprit de tous mes Juges de mauvaises opinions, et des impressions dangereuses de mes mœurs, et de ma conduite domestique, ayant eu auparavant un avis certain d'un de nos plus proches, et entremetteur principal, que nous nous gardassions de vostre fils qui s'estoit déclaré à luy pour le plus grand, et le plus cruel ennemy que nous eussions et qu'il avoit pour nous perdre, desjà gaigné la fameuse et célèbre probité du Bailly de Saint-Germain. Mais pource que ce bon parent se sert de sa foy selon l'occurence de ses affaires, qui ne sont pas en si bon estât que je voudrois bien, nous ne donnâmes pas telle créance à ses avis, que nous devions, ni tel remède qu'il estoit nécessaire aux choses. Jusques à cette heure l'effort de tous vos profonsi desseins n'a fait que secouer et agiter mon esprit : mai^ non pas l'estonner ny le subvertir; vos persécutions n^ m'ont point fait trahir la fortitude qui est la principa ^ vertu de l'ame, et qui doit accompagner inséparablement les bonnes consciences, et je ne me suis point aperceu que cela ayc par aucune dissolution, rompu ny desaccordé l'armonye et les coherances du corps, ny rendu les mouvemens de IVspïil plus foibles ny plus langiii^-^atis, ce (|iii a esté, h. ce qu'on m'a dit, une nouvelle plus triste, et plus fascheuse à vostre fils que la descente et l'invasion, qu'a fait faire Abrahin en Candie. 11 me souvient que me promenant avec M. le Président .Tanin dins le Parc de Fontainebleai!. il me dit qu'il avoit appris en Hollande, où il estoit allé par le commandement du Roy, pour la paix d'Espagne et des Pais Bas, que feu M. de l'Escalle, qui pour les Lettres passoit pour une des premières et des plus vives lumières de son temps, estoit tombé malade de ce que le Roy ne l'avoit pas choisi pour l'institution de M. le Dauphin, qui depuis fut Louis XTIT, mais que ce déplaisir ne le toucha pas comme la douleur dont il mourut pour le libeUjs scandaleus de Sfiopius, plein de médisances, piquantes et circonstan-

FAGTUM CONTRE (.LIl.LAUME VAUQUELIN 19I

ciées, par lesquelles il blessoit la dignité de sa personne, et ternissoit le lustre de son nom en offusquant la splendeur d'une race, dont il avoit eu de longtemps de fort cuisantes jalousies, ce Livre ayant esté distribué soigneusement à Rome, et affiché par toutes les villes d'Italie, dans les places publiques. 11 me semble pourtant que comme les louanges fausses et ilateuses que l'on nous donne en iiost^-e présence, ne nous doivent pas plaire^ ny toucher une ame bien faicte, tout de mesme les accusations calomnieuses, et les médisances pleines d'infamie ne doivent pas pénétrer profondement, ny entamer jusqu'au vif la fermeté d'un esprit résolu : Surquoi Saint Pauil a dit, pro minimo mihi est quod quisque de me judicet in rébus humanis (i), qui est un Hebraisme, et que ce n'est qu'à celuy qui a fait le cœur à juger du cœur : mais puisque les médisances et les injures qui viennent des Estrangers causent la mort, quelle douleur doivent apporter celles que nous recevons de nostre propre sang. C'est pourquoy je ne m'estonne pas si David disoit après ses persécutions les plus sensibles, que les guerres des Anmionites, des Moabites et des Philistins ou des autres nations Payeunes^ ne l'avoyent point tant agité, que les maus que luy avoient causé ses proches, et ses calamités domestiques. C'est ce qui a fait dire à un Historien Espagnol, que l'empereur Charles V avoit renoncé à ses royaumes, non pas pour s'affranchir du soin, et du travail qu'apporte la domination, mais afin de sauver ses héritiers, et empescher qu'ils ne fussent damnés par l'ardente convoitise, qu'il recognoissoit en eus de posséder ses Estais, et par conséquent de souhaitter sa mort, encore qu'il ne fus! que leur Procureur^ n'y ayant point de plus grans ennemis que ceux dont on ne se peut vanger sans faire oonime les serpcns (jui haï lent Iciiis listes de leurs (jueûes, quand ils ont esté frapés. Pour ce qui est de l'antiquité, et de la Noldesse de nos ayeuls, Vous les ferés venir si vous vnulés, comme les Espagnols font les leurs, de la alta linea (le Ins (jodos (2) ou comme leurs voisins, de la Sangre real

(i) Peu m'impcirte ce que chacun penee de moi pour les choses hu'-

uiairies.

(2) l^spiinii,,! : De ];i hiiiilc lignée dei Goths.

l^'2 OEUVRES DE DES YVEÏEAUX

de Francia (i), mais je ne sois pas mari^ de n'avoir pas esté avec le Duc Guillaume, au voyage d'outremer, et je vous prie que vos amis ne travaillent plus par leurs recherches à me persuader que je suis Gentilhomme, et a me faire aymer la vérité, par des lettres de noblesse (2). Car j'ay ouy dire au viens M. de Bouillon, que ceux qui n'avoyent point de vertu, n'ayant jamais monstre leur valeur par leurs actions, la vouloycut tousjours monstrer par l'Escnsson de leurs Armes. Ce que je dis sans empêcher que vous et voslre fils ne soyés les chefs des nostres, avec le plus haut et Ile plus eminent cimier de toute la Province. Je ne laisse pas de sçavoir que le fruict qui vient aux arbres les plus élevés et plius éloignés de la terre, doit estre le plus estimé, et que celuy que produisent les plus vieilles pliantes est le plus dous; mais nous ne sommes pas d'un sang si illustre, ny d'une si ancienne Chevallerie, que nous devions mépriser les muscâs, les melons, et les autres fruis qui viennent de plantes basses. Je ne me suis jamais voulu glorifier du mérite d'autruy, ny particulièrement, de celuy de mes majeurs, n'ayant pas esté plus assuré d'hériter de leurs vertus, que de leurs vices, ni si desireus de succéder à leur bien, comme vous et vostre fils Testes de joiiir du mien; chacun sçait à cette heure qu'il pleut des Gentilshommes par tout, que les Comtés, les Marquisats et les Duchés tombent du Ciel sur Iles maisons, comme la Manne fait dans la Poûille, et dans la Callabre sur les Therebintes : Mais quoy (jue vous disiés je ne m'aperçoy pas que j'aye obscurcy la lumière de nostre race (3), par les ténèbres de mou i 1:110-

(i) Italien : Du sang des ruis de France.

(?) (( Vous f^ravez bien (juc nos Ancestres estoient illustres des le tempe du duc Guiillaunie, et que dans les plus anciennesi histoires de noslrt; Provinee, et de eellce d'Angleterre (a) ils sont remarquez au nombre de ceux qui estoient en la plus grande authorité de ce temps-là; mais s'ile eussent esté de vostre sentiment et s'ils avoient eu de pareilles inclinations aux vostree, voue ne seriez pas en estât de sçavoir que le nom de nostre Maison auroit mérité d'estre honoré par les Rois de quelque grâce particulière. » (F).

(a) Voir dans notre Etude sur Vaiuquelin des Yveteuiix, l'origine de la famille Vauquelin et les Histoires auxquelles Guillaume fait allusion.

(3) '< Si en cette descente honorable, et dont nous avons tous les tiltres, ceux qui ont passé dans la Magistrature, et par les grande emplois de U Robe eussent cherché coiuine vous les moyens de ruiner leur maisoii, d'ensevelir avec eux tout l'esclat et la dignité de leur race, voue n'auriez

FAGTUM CONTRE GUILLAUME VAUQUELIN IQS

rance, ny par la bassesse de mes actions, et si je n'ay jette et asseuré les principales pierres de la maison de nos ancêtres, je n'en ay pas démoli les fondemens, comme vostre fils et vous, qui par une ignorance frauduleuse et matoise avés perdu en mon absence, sans que je fusse en deffaveur^ la Comté et l'Abbaye de Saint Pierre sur Dive, possédée par nous il y avoit plus de cinquante ans, sur laquelle vous preniés les dix mille francs d'un Receveur à vostre poste, qui servoient à la despence des voyages de vostre fils (i) et après avoir volllé eent mille francs que feu mon frère (2) qui la possedoit, avoit espargnés par une simplicité religieuse, et une abstinence exemplaire, vous avés en perdant la plus digne marque et le témoignage le plus precieus de la bonne grâce de trois Roy s, assujetti vos cohéritiers par une intelligence infîdelle, et contre le gré mesme de odluy qui la possède, à des réparations imaginaires, mais solidement payées par eux, au lieu de leur faire raison de l'argent que vous aviés pris, Vous vous souviendrés qu'auparavant vous estiés des misérables nés du reject, et au mespris du monde, inconnus aux Princes et aus honnestes gens, qui sçavent que vous n'avez aucun bien que celuy que je vous ay voulu laisser^ nuls amys que ceux que je vous ay fais, et que vous ne sçavés rien que vous n'ayés apris de moy qui quelquefois ay laissé tomber quelques eaux de décharge, sur un mauvais terroir, mais vous avés troublé vostre Fontaine et en avés voulu empoisonner la source par un venin public et particulier, tellement que ce seroit tourner le dos à toutes sortes de vertus, rompre avec tous ses amys, dire à Dieu à la raison, et renoncer à soy mesme, que de vous laisser tyranniquement prendre mon bien par force devant la fin dé mes jours, ayant vous mesmes les premiers barré les portes de la paix, et les voyes de la reconciliation. Quant aux reproches que vous me

pas jouy des advantages qu'ils vous ont laissez, et quelque soin que l'on eust pris pour votre éducation, vou"s n'auriez pas pouseé si avant une fortune, à laquelle les biens acquis par le travail de vos Ancestres, ont beau- <Joup contribue. >> (F).

i(i) « ... luy donner tous les ans dix mille livres pour ses despenses, pendant le temps de ses voyages dans les Terres estrangeres. . . » (F).

(o) Charles Vauquelîn, abb^ de Saint Pierre sur Divc, en Normandie, mort en i6?7, troisième fils de Vauquelin de la Fresnaye.

faites (n'en pouvant trouver d'autres) qu« je me suis de long temps accoustumé à une vie si molle et si paresseuse, qu'il semble que mon ame soit ensevelie, et submergée dans les plaisirs (i), si vous estiez assés sçavant pour décrire les jardins d'Alcinoûs, et si vous eussiés autrefois connu Armide ou Alcine, vous voudriés quasi monstrer qu'ellet auroient estably l'ordre de ma délicatesse^ et prescrit ma façon de vivre, mais je vous asseure que vous en avés de très-mauvaises instructions, et ne pensés pas que pour m'étre acquis par mon labeur un loisir un peu gras, et pour avoir désiré d'estre Roy, et arbitre de mes heures, que j'en dispose nonchalemment, et vicieusement (2). Mes occupations et mes plaisirs sont tousjours honnestes, ou agréablement prolîtabiles aus autres ou à moy mesme. Mesclando el duce con el provechoso (3) et s'il y à quelque splendeur en ma dépense, elle est sans somptuosité, ma libéralité sans magnificence, et ma liberté sans dissolution. Il y a vingt ans que je ne sçay que c'est que du Cours, des Tuilleries, ny de la Cour (4) : mais j'ay plus veu de Reynes, de Princesses et de Duchesses chez moy, que vous n'avez veu de Dames aux Noces de vostre fîlls, ou véritablement je n'aisistay pas, tant pour mon indisposition que pour mon âge, peu convenable aux assemblées publicques, n'en voulant pas dire d'autres raisons (5). Mais il semble que vous n'ayés de la mémoire que pour vous ressouvenir de ce que n'avez point receu, et qu'elle ne vous aye point esté donnée par la mère des Muses (6) et des Grâces pour vous empêcher d'estre ingrat à tant d'autres bien-faits. Il est vray que je veus bien garder sans nulle interruption (7) de ne donner rien aus Dames, qui sont promtes à donner, ny à

(i) F, passim.

(2) Tout ce passage répond aux reprohes nombreux que lui fait Guillaume sur sa vi^ au faubourg Saint-Germain et sur ses relations avec la Du Puy. (Voir notre Etude sur Des Yveteavur.)

(3) Espagnol : Mêlant l'utile à l'agréable.

(A) Il y avait même 3o ans, car il quitta la Cour en i<5ii.

(5) La vérité est qu'il n'aseista pas au mariage d'Hercule, parce qu'on n'y avait pas invité la Du Puy.

(6) Los Mu«es sont filles de Mnémoêvne O-i Mémoire).

(7) <( ... Vous n'avex pas seulement honoré ma belle fille d'im bijou présent de nopces; et comme après son mariage elle vous alla rendre «es devoirs, vous distes hautement, que si son mary eust prié la Damois^lle

FAGÏUM CONTRÉ GTUT.LAUME VAUQUELIN 196

celles qui sont incapables de donner à ceus de ma condition. Et pour revenir à cette solitude, où l'on a eu dessein de m'engager, ce dites-vous, et à cette vie Romancière, pleine de fausses illusions, de feints contentemens et de vanitez pipeuses (i), ce sont choses que vous persuade l'aveuglement de vostre interest, qui vous fait mettre en trésor, et en reserve tous les defaus dont vous me voulés faussement accuser parmy le peuple; Vous prenés la politesse et la délicatesse curieuse, pour une volupté vicieuse et défendue, vous croyés que les goûts qui sont hors de commun, doivent passer pour les dégoûts des bonnes choses, et sans faire la différence des hommes, en laquelle consiste la netteté du jugement, comme elle fait au discernement des choses, vous estes assés ignorant, ou assés malicieux pour ne rien déférer aus opinions particulières des hommes rares et singuliers. Je n'ay garde de me mettre de ce rang, mais on sçait bien aussi que je suis né bien loing des rochers de risle de Corse, que je n'ay pas esté nourry dans les Montagnes des Grisons, ny dans les valées de Pragelas. J'ay passé les jours Iles plus heureux de mon âge dans la Cour fleurissante et délicieuse du Roy Henry le Grand, oiï je fui appelle par sa seule élection plus hautement, et receu plus favorablement que je ne mérite, bien tost après qu'il joignit à la splendeur de sa gloire, et à la dignité de ses Couronnes, l'Immortalité de ses Triomphes en donnant la paix à son Siècle : c'est là où j'ay reconnu que les honnestes gens après avoir glorieusement satisfait à tout ce que commande le courage^ et s'estre exercés en toutes les vertus de l'esprit et du corps, ne se deffendoient pas de croire que les femmes vertueuses tant par la dévotion naturelle à leur sexe, que par leurs agréables gentillesses, et les diverses délicatesses de leurs ornemens, faisoyent dans la Cour la richesse la plus pompeuse, et la plus divine proportion des

du Pnys d'aseistcr à rnesemblée, qui se fist lors de la lecture du contrat, vous luy aviez dostiné un diamant, que vous luy monstrates avec quelques pièces de vermeil doré. » (F).

(i) « Je serois indigne de porter la qualité de vostre frère, et aurois renoncé à tous les ressentîmens de la nature, si j'entendois sans souspirer ce qui «e pa«se cher, vous, et si je lisois sans horreur ce qui en sort, comment pourrois-je sans douleur remarquer dane vostre conduite... etc. » (F, page i. Voir tout le factum F).

igÔ OEUVRES DE DES YVETEAUX

beautés de la gloire du inonde. Toutesfois je n'ay point veu que la douceur des plaisirs, ou la violence des passions, ni les plus frians objets ayent jamais irrité mes sens, jusques à passer à un désir irregulier ou estranger. Et si c'est vice que d'aymer la Musique, la Poésie, ila Peinture et l'ArcliitectuFc, qui esteignent les passions de l'avarice et de l'envie, et qui éloignent les esprits des faussetés et des procès; j'avoue que je suis, et veus estre des plus blâmables du monde. Mais sans toutes ces raisons j'ay éprouvé que si j'estois assés heureux pour avoir des Terèses et des Pazitées chez moy, et en assés haute condition, pour y tenir de nouvelles Porcies, et de secondes Lucresses, elles deviendroient bien tost pour vous des Faustines et des Messallines par les calomnies de vostre fils, si elles ne me conseilloient de luy quitter dès à cette heure tout ce qui me reste de bien, et si elles ne consentoyent à m'enterrer tout en vie, portant elles mesmes avec luy les funestes flambeaux de mes funeraillles précipitées, J'ay ouy dire souvent à mes amis qui plaignoient le malheur de mon innocence, que je serois toute ma vie assujetty à la censure des Partisans de vostre fils, quand même je porterois sur moy avec vénération toutes les Reliques Sacrées de Montferrat, de Lorette et de Gamaldoli; et quand je m'obligerois à l'austérité de l'ordre auquel lies veus les plus estrois attachent les âmes les plus Religieuses, si je n'abandonnois à son avidité la liberté de mes allées, de mes fontaines, et de mes perspectives. Cette aveugle convoitise est semblable à la voracité de ce grand poisson, à qui la graisse fait perdre l'usage, et la forme des yeux, et qui tient tousjours sa bouche ouverte, pour dévorer les petits qui s'y retirent : Cest ainsi que vostre fils aveuglé de son avarice, et de l'immensité de ses concussions, a surpris la simplicité des pauvres habitans de ses villages, en leur tendant les bras, et leur conseillant par une feinte charité, de se démettre de leur bien entre ses mains, pour les guarantir des taxes et des impositions, mais en effet, pour Iles en dépouiller et se l'approprier : il ne s'est pas contenté de les avoir privés du peu de terre qu'ils avoient, n les a encore rendus tributaires de leur travail, et de leur peine, en les contraignant par un accroissement de misères, de clorre un Parc d'une étendue extraordinaire, aus dépens de leurs bourses, et de leurs journées, de sorte que les ayant

FAGTUM CONTRE GUIl.LArME VAUQUELIN I97

réduits à l'extrémité, il ne peut pllus rien prendre sur eux, s'il ne levé quelque nouveau tribut, sur la part qu'ils ont du Soleil et de la Lune (i). Ces inhumanités me donnent de l'horreur et de la crainte : mais je tâcheray d'empescher que l'ardeur de ses désirs irisatiabiles, ne me fasse devenir il'exemple de l'instabilité des choses humaines, et un des prodiges d'une infelicité vertueuse, comme vous et luy estes devenus les plus dignes sujets de la plus rigoureuse punition qui soit jusques à cette heure en la mémoire des hommes. Aussi comme les Grâces divines sont à ce qu'on dit plus fécondes, quand elles sont plus tardives, Dieu balance, et mesure par compensation, la tardiveté de son jugement, par lia rigueur du supplice. C'est ce que vous devez appréhender pour vos crimes, et pour les suppositions que vous inventés, en m'accusant d'avoir aliéné quelque chose de mon bien, pour avoir convenu avec une de mes Nièces, femme de vertu, chargée de beaucoup d'enfants, et mariée à un homme de mérite (2) d'une Terre dont vous jouyssiés injustement, sans m'en faire aucune raison. Voila d'où vous prenés sujet de m'accuser impieusement, d'avoir enrichy des personnes (3), de qui an contraire j'ay dérobé le labeur, l'affection qu'ils ont depuis quinze ou vingt ans employés à la conduitte de ma maison, aus soins de ma personne, abandonnée aus injures de l'âge, sujette h des maladies périlleuses, et prostituées, avant leur assistencc, aus vicieuses complexions des vales, et à leur larcins ordinaires. Cependant si vous pouviés allumer le feu du Ciel contr'eux, et consacrer leur innocence à la fureur d'ime vengence imaginaire, vous croyriés avec contentemen posséder tout mon bien et le Heur. M. Dupuy qui est homme de vertu et de science, par le témoignage même de vostre fils, et qui est d'aussi bon lieu, comme ceux qui estoient à la siiifto du Dik^ Cuillaumo (/i), h.i ime petite t<*rre de deus cens osriis de rente, qui a esté tousjours pos-

(t) H^rmle avait ét^ Intendant en Languedoc.

(5) Nîcolaf Vatiqn^'lin, sienr de Sary et d^ Roboiirs, marié h Marguerite du Puy, fille d^' Jeanne dvv Puy et de Des Yveteaux.

(3) Il s'agit du ^i-ouplê Du Puy.

(^) On a vu plus haut combien le frère de Des Yvetenux était fier de cet ancf^tre. Adam du Puy était d'une bonne famille champenoise.

igS ŒUVRES DE DES YVETEAUX

sedée par feu son père, homme de service, et de très grand mérite, qui est mort Gouverneur d'Epernay, de qui la mémoire a esté considérée, avec tant de respect, que l'un des plus estimés, et des plus riches de la Provinc a espousé sa fîllle, et remis entre les mains de M. du Puis son beau frère, cette petite maison de laquelle vous parlés par vostre lettre avec une intention scandaleuse (i), comme si vous parliés de l'Escurial, de Caprarol et de Piti, ou comme si vous decriviés les Palais de Doria ou du duc d'Urbin, encore qu'il! n'y aye autre beauté, ny autre divertissement que les bords innocens de la rivière de la Marne, ne vous souvenant pas que vous avés fait imprimer une de mes Lettres (2), par laquelle je vous mandois que je n'y pou vois recevoir vostre fils/ n'y ayant aucun apartement^ ny stance qui fust propre pour luy, que ce n'estoit qu'une cessine un peu plus claire qu'une Autre, et moins obscure qu'une grotte, si bien que c'eust esté recevoir un autre Hercule, en la loge d'Evandre, de ïaquelle j'estois obligé de me contenter, ne pouvant pas désormais en l'âge ou je suis porter mes os en des lieux plus éloignés. Cela n'empesche pas que vous ne tâchiés de persuader au monde que la Maistresse de cette cabane (3) est incommodée de diamans, chargée de rubis et d'emeraudes de la vieille roche, et je m'cstonne que vous n'y avés adjousté les. perlles ormuzinés (4). J'avoue que la vieillesse dont voiis me reprochez les infîrmitez (b) est pour moy, comme pour les autres, une Dame qui ne vient jamais qu'avec grand train, et tout mauvais; que c'est la mero des douleurs, à laquelle elles ont toutes leur rofngp, et leur Asile, comme un Autel qui lui est consacré par la Nature m^me. C'est pourquoy vous ne me sçauriés

(i) Tl s'aprît de la propriété que Des Yveteaux avait h Brianval, pr^s (ie Meaux, où il mourut en iC4'<).

(•>) Cette lettre est réimprimée dans le présent volume. (V. page :?o5.)

(3) Jeanne Félix, femme du Puy.

(4) «... Vous avez faiit à une femme qui ne mérîtoit pas tant de gratification, et que In libéralité que vous n'avez jamais exercée envers aucun des vostres, ait dégénéré pour une estrangere en une si grande profusion, que TOUS luy ayez donné la plus grande partie du bien que vos Ancestree vous avoient laissez, et qu-'elle ait seule recueilly les fruits de vos travaux, avec les présents de vostre fortune. r> (F).

(5) « Vous avez Dieu mercy, une mémoire si heureuse, que l'aage de soixante et dix-»cpl ans ne Tons a pas fait oublier... » (F).

FAGTUM CONTRE GUIF.L AUME VAUQUELIN I99

faire trouver digne de blasme, comme vous le désirés, si dans mon dernier retranchement je me suis pourveu do toutes les choses vertueuses, qui m'en pouvoient adoucir les incommodités, n'ayant en cela suivy que le Conseil des Pères, qui disent Seniim est siuderp hortis, et quaerere viridaria (i), dans lesquels il faut recueillir comme une solitude ramparée, et dans une pllace forte, ce que l'on à eu autrefois de pensées vagabondes, et de passions qui troublent le ménage de l'ame, pour nous conserver nous mesmes, et afin qu'admirant Dieu en ses œuvres, nous puissions obtenir d'en faire de bonnes par la Grâce qui en est la seule et véritable forme; mais en cela j'ay plustost étudié à l'ostentation d'une liberté honneste qu'à la séparation et l'abstraction d'une retraite pïeine d'une dévotion aparente et masqjiée. Et de fait, me cognoissant plustost né à une vie innocente qu'exemplaire, je me suis démis il y a long-tems de mes Bénéfices, entre les mains d' m homme, qui prévenant ses années, donne des espérances certaines (2), et des promesses asseurées, d'avoir autant df part à l'empire des Lettres, et de la vertu qu'aucun de son siècle. J'ay crû que les bons Pilotes ont aussi peu de raison de se mettre ou de se tenir au port, lorsque la mer est tranqtiillle, comme il est messcant aux vieîllars de se rejetter en haute mer, dans les vagues des affaires rie la Cour, lorsque les vens et les ondes sont contraires, et le vaisseau demy pourry. Quant au tems de ma retraitte, il n'a pas tout à fait dépendu de moy, les hommes d'Estat sçavent que la façon, avec laquelle cens qui sont éloignés de Ha Cour portent la défaveur, est plus cause de leur conservation, ou de leur ruine, que la défaveur mesme, et encore que la charge dont je fus honoré par le plus grand Roy du monde, soit pleine d'estime, et de considération en la faisant. Elle ne Inisse nucun tiltre essentiel, après en avoir perdu Tnsig^ et l'exercice, si elle est de sa compagnie tout à fait, d'autres dignités par lc,<rfiiollcs on puisse avoir rantr ans ConsciUs (3),

(t) C'est lo f?iit (lo? vieillnrfl« do fravailkr dan? les jiardinp et de rechercher la verdure.

(•ï) L'abbé de Ranré qni composa IVpîtaphe de I>es Yveteaiix.

(3) An monient ofi il miîtta la Coût, T)e^ Yveteoiix fnt nomm^ rnTTîeiller d'Eetat.

et séance aux assemblées, et s'il! s'y trouve quelque fois des hommes respectueux qui leur defferent, le plus souvent, il s'en trouve d'autres qui les traittent avec mépris, qui est la chose du monde la plus cuisante, et la plus sensible à ceux qui ont beaucoup d'âge, et qui ont eu beaucoup d'honneur : de sorte qu'en Espagne oij ses charges sont bien plus considérées, ceux qui Iles ont tenues ne viennent plus à la Cour, si on ne les demande et comme Garcias de Loayza, Précepteur de leurs derniers Roys fut loué en cela de sa conduite; céluy de Philippes II ayant voulu y demeurer, et plaider contre son maistre. pour l'Archevêché de Tolède, mourut en prison à Rome, où ill ne trouva personne qui le voulut deffendre, que le Docteur Navarre : Mais mon naturel exprimé par les Vers que j'ay fait mettre à la fin de cette Lettre (i), m'a plustost convié à la retraite que ces exemples-là et que la prudence des serpens qui ne sortent plus de Heur caverne, après avoir quitté leur vieille robbe, de peur d'exposer leur nouvelle aux accidons, et aus rencontres des passans. Et de fait, j'aurois peu dire sans le trouble que m'a suscité vostre fils, Nunc nihi parla quies^ et niilli ^ohnoxia ciilpae (2), en éprouvant qu'il n'y a pas de condition asseurée, si elle ne s'impose à elle mesme une fin arrestée, et que l'on a beau faire élection de tous les vaisseaux grands ou petits^ longs ou rons, on plats, ou de haut bord, on trouvera que celuy qui est au Port, est le meilleur et le plus asseuré. Les Aigfles les plus nobles, quand ils sont jeunes cherchent les plus hautes Montagnes, et les rochers les plus élevés, afin de voir avec plus d'etendiie du Ciel et de terre, ce qui est propre à (leur pâture, n'y ayant guère d'animaux qui puissent échapper à leur ardeur, et qui ne ileur servent do proye, mai? quand ils sont viens, ils cherchent los plus vieille? Piramides, Temples abandonnés, les plus antiques, et les plus solitaires, et quasi comme immobiles, se nourrissent de leur repos mesme^ et ?o repnissfiit do leur solitiirir en ?'attachnnt h la Méditation

(t) Voir c<>s rers \ In snitp (\e l'épitnphe d<> IVs Yvete^ux dans notre Etude swir Des Yt^eteanx.

(2) Mnintonnnt, 1p repos est venti pour moi et aucun remords ne me tTouhlo. C^ nV?t pas t^nt son « naturel » qui l'a déterminé h quitter la Ck)ur que l'inlluenro du parti oatholique avec qui il n'était pa«i en excellentes relations. (Voir iintro Fiurlr fnir Dex Yveteanx).

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