La mère aussy, par son adveu
Fait cocu l'oncle et le neveu.
La iille vit comme la mère; C'est en ce lieu d'impureté Que l'inceste et que l'adultère
i5o Kegnent avecque impunité.
C'est un beau suject de colère.
Antiquaille de cuir boiiilly, Lorsque tu dis avoir failly De n'estre pas époux et père.
i55. Ce crime estoit digne de toy,
Et certes je ne sçay pourquoy Tu n'as pas épousé ta fille.
Il eust esté plus à propos. Que d'avoir pris pour gendre un drille
x6o Qui le faict perdre le repos.
(i) La Du Piiy fivait en effet amené chez Des Yveteaux son propre frère, qui lui lervait de page.
Geste nopce de Jean des Vignes T'accable d'horribles forfaicte, Plus grands que jamais n'en ont faiots Les meurtriers les plus insignes;
iG5 Un frère, un oncle assassiné,
Par le conseil d'un vieil damné Qui se dit jeune auprès des anges, (i) A-t-on veu registre au Palais Chargé de crimes plus estranges
170 Qu'en ont fait maistres et valets.
Voy le desordre épouvantable Où ce massacre t'a plongé; Il ne fust jamais d'enragé Qui fist chose plus effroyable.
170 Consulte tes meilleurs ami»,
Demande leur s'il est permis De t 'abandonner à la rage De ceste maudite guenon, Qui n'aime rien que le carnage
180 De ceux dont tu portes le nom.
Ne monstre plus tant de foiblesse ; Quitte ce diable desguisé; Si tu ne veux estre accusé De profonde scélératesse;
i85 Suy les conseils de ton curé, (2)
Fuy ce monstre dénaturé Qui te tient l'esprit en echarpe :
Souffre-tu ce qu'on dit de toy, Qu'une gueuse avecque sa harpe
190 T'a fait abandonner ta foy ?
Tu dis, renonçant au Baptesme, Que l'Alcoran n'ordonne pas De se priver d'un bon repas, Les Quatre-Temps ny le Karesme.
195 Quand tu ris de ton vieil pasteur (3)
Que tu l'appelles séducteur Un cagot qui conte des fables; Nous en sçavons bien la raison C'est qu'il vouloit chasser les diables
200 Qui logent dedans ta maison.
(i) Dans un© chanson qu'il fît l'hiver pae&é pour son Iris (note marginale). Voir page lai du présent volume.
(2) Est-ce une allusion à la soi-disant remontrance que RicheJieu aurait faite à Des Yveteaux sut sa conduite.» (V. notre Etude sar Des Yveftaux.)
(i) Le curé de Saint-Germain-des-Prés, sans doute.
Je l'en demande la promesse; Tu dis qu'il avoit beau prosner, Que piustost que de la signer ^ Tu n'iroiis jamais à la messe.
ao5 Depuis, par d'horribles sennens
Tu renonças aux sacremens, Aux prestres, aux missionnaires, Jurant qu'il valait mieux nourrir Tes infâmes peneionnaires
210 Que de t 'instruire à bien mourir.
Maintenant tu te désespère, Et l'on dit tout haut à la Cour, Que tu regrettes nuict et jour.
La perte de ton adultère : (i)
ai5 Tes yeux en sont tout chassieux.
Ton nez bourgeonné roupieux.
Et la taille en est en ruine; Et l'on diroit, a tes hauts cris, Que la peste, guerre et famine
220 Ont tout ravagé dans Paris.
Ton ame de douleur saisie, Te fait cercher, pauvre insensé, Un complaisant intéressé Qui te flatte en ta frénésie,
225 Poiu* adoucir un peu tes maux.
Un certain diseur de bons mots Te faict une plaisante guerre :
Dire son nom je ne sçaurois Mais les histoires d'Angleterre
23o Le mettent au nombre des Roys. (2)
Ce grand docteur en carbonnade, Ce fils dont tu fais tant de cas, Qui mettroit pour un bon repas.
Ses pères en capilotade,
235 , Te voyant en ce desespoir,
Te dist qu'il luy sembloit revoir, En ses douleurs démesurées, Pioholini se lamenter Pour sa chèvre aux cornes dorée»,
24o Qu'im brutal luy venoit d'ester.
(i) Comme nous l'avons déjà dit, la Du Puy était «n prison.
(a) Ce disear de bons mots, qui porte le nom d'un roi d'Angleterre, pourrait bien être Edouard Le Prévost. (Note de Blanchemain.) On a vu plus haut (page 212) qu'e Des Yveteaux s'est brouillé avec lui vers i6/i6.
2L>8 QblUMŒS DE DES Y VETE AUX
Parlant <Je la nymphe grotesque, Qui te l'aict pousser tant d'helas, Au lieu de trouver du soûlas Auprès de cet amy burlesque,
3^5 11 t«' dist pour te consoler,
Qu'on la verroit bientost aller En pompe dans une charrette, Qu'alors certes il feroit beau Te voir comme un Anaxorette
25o Pendu pre« d'elle a son poteau.
Quand tu luy contois la proue&se De ton digne neveu beau-fils (i) Et du choix que tu en fis Pour- le baston •di' Ui vieillesse;
255 II te juroit en sérieux,
Qu'une étrille luy viendroit mieux Que l'^stoeade ou la rondache.
Va (|iril a\oit \eu le portraict Du \ieil et moderne bravache
a6o Dont il n'a voit pas un seul traict.
-Mais gaei y ton esprit malade, Car je te veux dire sans fard, Qu'on se mocque d'un vieux penaid Qui se desguise en mascarade,
260 Mercure estoit et jeune et beau,
Non comme toy près du tombeau, Quand il portoit le caducée :
• Il vaut bien mieux prendre le froc. Pour pui-gei- ta faute passée,
270 Qu'une toque à plumes de coq.
Quille désormais le bon drolle, Pour suivre le petit collet, Et sçacho que le chapelet Sied mieux en main que sur l'espaule.
275 Renonce donc aux vanitez,
Exerce quelques qualitez De l'argent d<' ton bénéfice; (lar (Ml Un il faut qu'un ahbé, Qui ne dis! jamais son office,
280 Rendr <•(' ({u'il a dérobé.
(i) Nicolas Vauqudin, sieur de Sacy et de Robonrs, fui? de Jean-Jacques V.niquelin CHeinier fik do \nnquelin de la Fresnaye).
APl'KNDICE ^.^.C)
Ne farde plus^ ton vieil squelette, C'est maintenant qu'il faut songer A laisser l'habit de berger, La pennetière et la houlette, (i)
o.Sb Ne pense plus à ton Iris;
Ne barbouille plus ton poil gris; Il est temps de lever le masque.
A quoy te servi'nt les parfums; La Parque plus viste qu'un Basque,
oco T»; va mettre au rang ries defuncts.
Tes Muses sottes et ehenuës.
Qui ne font plus que radotter.
Voudront sans doute encor chanter Contre ces veritez connues; {?.)
>.gô Alais desja de mon Apollon
La trompette et le violon Se préparent à la réplique; Juge par cest échantillon C/Ombien doit craindre une bourrique
>oo La pointe de mon eguillon.
(i) Allusion aux (Irp^iriscnicnl^ r;uit;iisist(^> dont on accnsait Des Yvolonux (le s'affubler Hans sa niaisdu du lanljourfr Saint-Germain.
(:>) C"ps( ce qui trompe Hercule (s'il est l'auteur de ce factum odieux). Des Yveteaux a répondu par le silence et le mépris à un tel tissu de calomnies qu'il n'a même pas voulu relever. S'il eut des torts et si fa conduite, par trop fantaisiste, de septuagénaire amoureux a laissé à désirer, du moins il ne s'est jamais servi de telles armes contre ses ennemis.