LE FRUICT DE SA CONSTANCE
Beauté qui ne vivez que du trespas d'autruy, Et f aictes que chacun à la mort se dispose, Je veux, puisqu'il vous plaist, mourir en mon
[ennui :
l\ C'est vivre, que mourir pour une belle chose.
Sans attendre secours, je ferai beaucoup mieux D'offrir à vos autels ma vie en sacrifice; Car il vivra tousjours qui mourra pour vos yeux, 8 Et mourra sans loyer, qui vous fera service.
Mais je voy que ma fin de rien ne serviroit, Et que plustost je doi tant de flammes esteindre : Se mocquant de ma mort seulement on diroit, 12 Que je voulois monter où l'on ne peut atteindre.
Puis je suis d'une humeur que quand on me réduit A ne rien espérer, je veux bien que l'on pense Que je n'aime les fleurs que pour l'amour du fruict, 16 Et qu'on m'oste l'amour, m'ostant la recompense.
Qui s'engage en vos rais, il s'engage en sa mort, Et personne sans fruict ne veut perdre sa vie; Vous devez ou donner aux amants reconfort, 20 Ou des seuls immortels tousjours estre servie.
(i) Sans doute le Recueil de Vers in4* publié chez Mopel, en 1606.
Aussi bien de vostre œil vous pourrez captiver Les Dieux les plus puissants et plus remplis de
[gloire ; Mais sans aimer trop haut, je désire trouver i[\ Mes lauriers asseurez en petite victoire.
Cf. : B n. s. — M (ff. 245-247), n. s. — M2 (f. i83), n. s. — M3 (f. 212) n. s. — M4 (f. 212) n. s. — P (ff. 169-170) signé : Yvcteaux. — P2 (ff. 182- 183) n. s. ~ Ms. de Montbéliard (ff. 24-26). V. (pp. 35-36).