‹ Œuvres complètes;Chapitre 8 sur 51 · CHANT DE LOUANGE AU ROY · texte numérisé non relu

CHANT DE LOUANGE AU ROY

Pour la Paix.

Henry, dieu de nostre espérance, Tandis que l'empire t'attend, Que peut faire toute la France Afin de te rendre content?

De quelles couronnes de gloire, D'arcs de triomphe et de lauriers, Peut-elle marquer ta victoire, Qui parmy ses souspirs derniers Et sur ces (i) cendres reschauffees, Au lieu d'un sopulchre si pront, Luy rebastis (2) tant de trophées, Et luy mets (3) cent palmes au front.

(i) les cendres (V).

(7) Resbaslit (V).

Ç6) Luy met (V).

Pour moy, dans ce lieu solitaire Où la fortune m'a reduict, A la fin je ne me puis taire (i),

16 Ton nom me réveille la nuict,

Et porte en moy mesme la honte D'un qui cache la vérité, Si par les âges je ne conte

20 Tes faicts à la postérité,

Et que quand, par des lois escrites, Tu ne regnerois justement, Qu'il eust fallu pour tes mérites

12/4 Te faire Roy par jugement.

Grand Prince, à toi seul comparable, Le doux soin des Dieux immortels, Geste valeur si mémorable

28 Partout doit avoir ses (2) autels :

Et. ne luy bastir point de temples Oii ses ouvrages soient escrits, Ge seroit oster les exemples

32 A tant de glorieux esprits

Qui naistront, remplis de vaillance, De la Maison d'un si grand Roy, Et faire mourir l'espérance

36 Des vaillans qui vivent sous toy (3)-

Que de ce jour si vénérable On s'aille à jamais souvenant.

Auquel cet Alcide adorable,

/io Malgré le ciel le retenant,

Vint enfin visiter la terre, Oij tant de peuples soulevez Ne pouvoient, après ceste , guerre,

44 Que par luy seul estre sauvez,

(i) ./(' ne jiiiis me finire (V).

(■2) (Irs miU'h (V).

^3) Dans le lie.cneil Morel, 1606 les strophes a et 3 sont intervertie».

Qui, plein d'une ame juste et saincte (i), En desdaignant de se donner Lumière d'une chose estaincte, liS Ne sçoit que vaincre et pardonner (;.:>).

Que si le (3) destin n'a peu faire

Qu'il ne nous l'ait faict acheter,

Et qu'il a semblé nécessaire 5*> Que pour servir son Jupiter,

Ce ciel, plein de feux et d'orage,

Vist de nouveau devant nos yeux

Foudroyer la force et la rage 56 De tant de géants furieux;

La France, au milieu de ses larmes {J\),

Bénit son mal et sa douleur,

Adorant la cause des armes 6o D'où vient l'effect de son bonheur.

Et, bien que ses champs et ses villes

Ayent souffert si longuement,

Elle doit aux guerres civiles 64 Sa joie et son contentement.

Qui firent venir ce Neptune

Quant et ses flots (5) impétueux,

Pour prendre garde à sa fortune 68 Parmi ces bouillons fluctueux

Qui, maigre la fureur de l'onde.

Nous remet au port seurement

Envoyant la paix par le monde -o Dans l'un et l'autre élément.

(i) ame h-aut^ et saincte (Ode sur la Paix. Au Roy 160/4, ^ folios).

(2) Comparer ce vers avec le vers /j de la Henriade :

Calma les factions, su"t vaincre et pardonner.

rS) Ce destin (Lu — V).

(4) Ayant séché ses larmes (T)

(5)ces (lots (Chant de Louange au Boy. 1598. — Ode sur la Paix. i6o4) — Quant et : Locution adverbiale et prépositive qui équivaut à : en même temps, avec, aussi. Cette expression, conservée aujourd'hui en Normandie, s'employait encore souvent au xvn« et même au xvni' siècle.

Enfin, après un si grand nombre De chefs et de peuples domptez, Il faut ise reposer à l'ombre

76 Des lauriers si bien achetez.

Sire, il est temps de prend-^e garde Que vostre nom est immortel, Mais que la mort ne se retarde,

80 Et que l'arrest du ciel est tel

Pour ceux qui portent des couronnes Comme pour les bergers des bois :

Vivant donc pour tant de personnes,

Sfi Vivez pour vous aucunes fois.

D'un air offusqué de nuage, Pour tousjours le maistre des Dieux Ne veut pas couvrir son visage

(S8 Et cacher son œil à nos yeux.

Luy mesme d'un soin charitable Ayant ordonné les destins (i), Se va mettre au rang à la table,

9?! Et recommançant ses festins {9.),

La mesme main dont le tonnerre Dessus les meschants est poussé, Du beau Troyen (3) reçoit le verre

96 Lorsque son courroux est passé.

Et puisqu'imo gloire parfaicte

Ne peut aller en augmentant,

Rendez la fortune sujette 100 Par la paix du tout l'arrestant.

Faictes qu'il ne soit plus loisible

Au cours de la Fatalité,

Oui verra ce règne paisible io/| D'y prendre tant d'authorité.

(i) des deetîns. (Ode sur la Pcàx. i6o4.)

(•j) recommence. (V)

■.3) Le beau Troy«n est Ganymède, échanson des Dieux. Prînc« Troyen

• Vostre valeur s'est fait connoistre Desja par tant de lieux divers Qu'aussi bien on ne peut l'accroistre io8 Si l'on n'aocroissoit l'univers.

Cette poésie a été publiée séparément :

1° Chant de Louange mi Roy pour la Paix. A Lyon par Jean Pillehoite, MDXGVIII (iBgS) avec permission, 8 pages. Signé : Des Yveteaux.

2° Ode sur la Paix. Au Roy (i6o/i?). ^ folios. Signé : Des Yveteaux.

Cf. : M2 (ff. r>6-?7) n. s. — M3 n. s. —MA (ff. 34-36) n. s. —

F (f. 22-23) n. s. — P2 (f. 25-27) n. s. — T (p. 3-6). — F (p. 475-/178) n. s. — H (p. /i()2-495) n. s. — L2 (p. 196-201). Titre : Au Roy. Stances. De M. Des Yveteaux. — V. (pp. 20-2^).

N.B. — Cette pièce doit être divisée en strophes de douze vers; c'est par erreur que Baudoin, dans le Second Livre des Délices, la

divise (Ml qnatrain^^.

[t6oo]

STANCES POTIR LE ROY (t) A Madame la Duchesse (2).

Royno de mes pensers, et ma flamme dernière, Oui tiendras à jamais mon âme prisonnière, Et dans un si beau feu la verras consumer (3), Que cette ambition ne flatte (^) ton courage De tenir ici bas un grand Prince en servage, Mais bien le plus content (5) qui jamais puisse

[aimer.

d'une beauté, mfrvpillpiiiïie, fils de Tros et de la Nymphe Callirhoé, il fut enlevé par l'aigle de Jupiter et transporté sur l'Olympe poiTr y remplacer Hébé comme échanson des Dieux.

(i) Henri IV.

(•}.) Sans doïite Gabrielle d'Estrées, Duchesse de Beau fort.

(3) consommer (T). A cette époque, la distinction, n'est pas encore nettement établie entre consumer et consommer. Nous trouverons, an cours de l'œuvre de Des Yveteaux. plusieurs passanrop ofi cette confusion a été commise.

(Ji) n'élè^ (T).

(5) constant (T).

Ton image tous jours dans mon cœur sera peinte,

Gardant ce Temple sainct pour cette Idole saincte,

() D'autre objet désormais je ne puis estre atteint :

Ces gages précieux, qui nourrissent mon âme,

Sont miroirs de toi-mesme, où reluira ma flamme,

12 Quand l'œil qui l'alluma seroit (i) lui-mesme

[esteint.

Les peuples et les Roys, qui pour la renommée Des effects de ma gloire en tous endroits semée (2) i5 Admirent de me voir prisonnier de tes yeux, Eux-mesmes ne verront tes appas sans t'y (3) pren-

[dre, Et isçay bien que des lors s'ils me veulent reprendre 18 Que ce sera d'avoir entrepris sur les Dieux.

Mortels, ouvrez vos yeux, ostez-en le nuage, Le Soleil ne void rien d'égal à ce visage,

9,1 Dont il se peut d'envie et de honte toucher.

Et ne pouvant ailleurs faire (/|) une autre carrière, Il tourne ses chevaux et son char en arriè^,

24 Et va le plus souvent dans l'onde se cacher.

As^re plein de bonheur nécessaire à nostre âge (5) , La gloire de ton sexe, et le des-avantage,

27 Qui fait noircir les Lis de toute autre beauté, Tu sçais que rien n'avoit mon âme surmontée. En Amour, comme en Guerre, elle estoit indomptée,

.^o Et tomba du Triomphe en la captivité.

(1) .r^rn (T).

(5) ^n tous lleiix nîlnmée (T).

(3) Si prendre (sic) (T). Il faut lire sW. f/i) faire ailleiirx (T). V^rs faux.

Tf)) Mirnclf de noxtre aqt (T).

Quel Myrthe, quels Lauriers respondant à ta

[gloire Te peuvent coronner après cette victoire, 33 Qui triomphes d'un Roy, qui du tout (i) est vain-

Iqueur?

Il n'est point de Goronne égale à ta Conqueste, Si tu ne la faisois des cheveux de ta teste, 36 Dont les chastes liens emprisonnent mon ooeur.

Cette pièce de vers, comme beaucoup d'autres que nous rencontrerons plus loin, a été écrite par Des Yveteaux pour le Roi Henri IV. C'était une vieille coutume, bien connue, que ces vers galants commandés par les Grands ou même par le Roi aux poètes courtisans pour leurs Dames. Ronsard et ses amis nous en offrent de nombreux exemples.

Cf. : Mi (pp. i2-i3) n. s. — M2 (f. 64) n. s. — M3 (f. 76) n. s. — m (f. 76) n. s. — P. (ff. 58-59) n. s. — P2 (ff. 63-64) n. s. — T (p. 39-40). Cette pièce, inconnue de Blanchemain, a été insérée dans Frédéric Lachèvi"e : Bibliographie des Recueils collectif, t. I, pp. 393-394.

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