‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 121 sur 489 · SCÈNE I. —MM. FILERIN, TOMES, DESFONANDRÊS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. —MM. FILERIN, TOMES, DESFONANDRÊS

MONSIEUR FILERIN.

N'avez-vous point de honte, messieurs, de montrer si peu de prudence, pour des gens de votre âge, et de vous être querellés comme de jeunes étourdis ! Ne voyez-vous pas bien quel tort ces sortes de querelles nous font parmi le monde? et n'est-ce pas assez que les savants voient les contrariétés et les disse isions qui sont entre nos auteurs et nos anciens maîtres, sans découvrir encore au peuple, par nos débats et nos querelles, la .forfanterie de notre art? Pour moi, je ne comprends rien du tout à cette méchante politique de quelques-uns de nos gens, et il faut confesser que toutes ces contestations nous ont décriés depuis peu d'une étrange manière; et que, si nous n'y prenons garde, nous allons nous ruiner nous-mêmes. Je n'en parle pas pour mon intérêt; car, Dieu merci, j'ai déjà établi mes petites affaires. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il grêle, ceux qui sont morts sont morts, et j'ai de quoi me passer des vivants ; mais, eofiti, toutes ces disputes ne valent rien pour la médecine. Puisque le( ciel nous lait la grâce que, depms tant de siècles, on demeure jpfatué de nous, ne désabusons point les hommes avec nos cabales extravagantes, et profilons de leurs sottises le phis doucement que nous pourrons. Nous ne sommes pas les seuls, comme vous savez, qui tâchons à nous prévaloir de la fgjblesse humaine. C'est là que va l'étude de la plupart du monde, et chacun s'ellorce de prendre les hommes par leur foible, pour en tirer quelque profit. Les flatteurs, par exemple, cherchent à profiter de l'amour que les hommes ont pour les louanges, en leur donnant tout le vain encens qu'ils souhaitent ; et c'est un art où Ton fait, comme on voit, des fortunes considérables. Les alchimistes tâchent à profiter de la passion que l'on a pour les richesses, en promettant des montagnes d'or à ceux qui les écoutent; et les diseurs d'horoscopes, par leurs prédictions trompeuses, profitent de la vanité et de l'ambition des crédules esprits. Mais le plus ç^rand foible des hommes..x'est l'a-.

jnour qu'ils ont pour la vie; et nous en profilons, nous autres, pat notre jompeuxgalimatiair"et savons prendre nos avantages de cette

s,jj|feDéralfOft> que La pêîSr de mourir leur donne pour notre métier. Conservons-nous donc dans le degré d'estime où leur foiblesse nous a

Page 1