‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 136 sur 489 · SCÈNE II. — ORONTE, ALCESTE, PHILIINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ORONTE, ALCESTE, PHILIINTE

ORONTE, à Alceste. ,

/ J'ai su là-bas que, pour quelques emplettes, ' "

/ Éliante est sortie, et Célimène aussi; >

Mais, comme l'on m'a dit que vous étiez ici, J'ai monté pour vous dire, et d'un cœur véritable, > Que j'ai conçu pour vous une estime incroyable, Et que, depuis longtemps, cette estime m'a mis Dans un ardent désir d'être de vos amis. Oui, mon cœur au mérite aime à rendre justice. Et je brûle qu'un nœud d'amitié nous unisse. Je crois qu'un ami chaud, et de ma qualité, iN'est pas assurément pour être rejeté.

Pendant le discours d'Oronte, Alceste est rêveur, et semble ne pas entendre qtie c'est à lui qu'on parle. Il ne sort de sa rêverie que quand Oronte lui dit :

C'est à vous, s'il vous plaît, que ce discours s'adresse.

ALCESTE

A moi, monsieur?

ORONTE

A vous. Trouvez- vous qu'il vous blesse?

ALCESTE

Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moi.

Et je n'attendois pas Thonnenr que je reçoi *.

ORONTE

L'estime où je vous tiens ne doit pas vous surprendre, Et de tout Tunivers vous la pouvez prétendre.

^ ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

L'État n'a rien qui ne soit au-dessous Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.

ALCESTE

Monsieur...

"'**V ORONTE

Oui, de ma part, je vous tiens préférable A tout ce que j'y vois de plus considérable.

ALCESTE -

Monsieur...

ORONTE

Sois-je du ciel écrasé, si je mens!

Et, pour vous confirmer ici mes sentiments, Souffrez qu'à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasse, Et qu'en votre amitié je vous demande place. Touchez là, s'il vous plaît. Vous me la promettez, Votre amitié?

ALCESTE

Monsieur...

ORONTE

Quoi! vous y résistez?

ALCESTE

Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me voulez faire; Alais l'amitié demande un peu plus de mystère ; Et c'est assurément en profaner le nom. Que de vouloir le mettre à toute occasion. Avec lumière et choix cette union veut naître; Avant que nous lier, il faut nous mieux connoîti;e: Et nous pourrions avoir telles complexions, 'j.-Jjt^^^- Que tous deux du marché nous nous repentirions.

ORONTE

Parbleu! c'est là-dessus parler en homme sage,

Et je vous en estime encore davantage.

Souffrons donc que le temps forme des nœuds si doux;

Mais cependant je m'offre entièrement à vous.

* Ne voilà-t-il pas Alceste lui-même qui paye tribut à cette politesse contre laquelle il vient de se déchaîner si fort? Cette sorte d'inconséquence est unirait comique de plus. (F. JL.)

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