‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 147 sur 489 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Et vous pouvez pousser contre moi la satire.

PHILINTE

Mais il est véritable aussi que votre esprit Se gendarme toujours contre tout ce qu'on dit; Et que, par un chagrin que lui-même il avoue, Il ne sauroit souffrir qu on blâme ni qu'on loue.

ALCESTE

Cest que jamais, morbleu ! les hommes n'ont raison, Que le chagrin contre eux est toujours de saison, Et que je vois qu'ils sont, sur toutes les affaii^es, Loueurs impertinents, ou censeurs téméraires.

Mais..,

ALCESTE

Non, madame, non, quand j'en devrois mourir. Vous avez des plaisirs que je ne puis souffrir; Et l'on a tort ici de nourrir dans votre âme Ce grand attachement aux défauts qu'on y blâme.

CLITANDRE

Pour moi, je ne sais pas; mais j'avouerai tout haut Que j'ai cru jusqu'ici madame sans défaut.

ACASTE

De grâces et d^attraits je vois qu'elle est pourvue ; Mais les délauls qu elle a nejrappent point nîa vue.

ALCESTE

Ils frappent tous la mienne ; et, loin de m'en cacher,

Elle sait que j'ai soin de les lui reprocher.

Plus on aime quelqu'un, moins il laut qu'on le flatte;

A ne rien pardonner le pur amour éclate ;

Et je bannirois, moi, tous ces lâches amants

Que je verrois soumis à tous mes sentiments,

Et dont, à tout propos, les molles complaisances

Donneroient de l'encens à mes extravagances. ^-v»-^

CÉLIMÈNE.,^ ,^^U^MJ^^ ^'Y^^'^'^^ .

Enfin, s'il faut qu'à vous s'en rapportent les cœurs, On doit, pour l)ien aimer, renoncer aux douceurs, Et du par.dit amour mettre l'honneur suprême A bien injurier les personnes qu'on aime.

ÉLIANTE. ^y^V.

L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois. Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix. Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable, Et, dans l'objet aimé, tout leur devient aimable; Ils comptent les défauts pour des perfections.

Et savent y donner de favorables noms.

La pâle est au jasmin en blancheur comparable; La noire à faire peur, une brune adorable;^ .1 La maigre a de la taille et de la liberté; vrvV>» La grasse est, dans son port, pleine de majesté; La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée, ^ Est mise sous le nom de beauté négligée ; Q^Qy^JU-V^ La géante paroît une déesse aux yeux; -#

^^ La naine," un abrégé des merveilles des cieux; Mk^/^rrv-*,

L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ; ' La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute lîonne; La trop grande parleuse est d'agréable humeur; Et la muette garde une honnête pudeur.

C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime^

ALCESTE

Et moi, je soutiens, moi...

CÉLIMÈNE

Brisons là ce discours, Et dans la galerie allons faire deux tours. Quoi! vous vous en allez, messieurs?

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