‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 154 sur 489 · ACTE III, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE Y

Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous. Ce que nous entendrons, vous de moi, moi de vous,

AR SINGÉ

Ah! madame, de vous je ne puis rien entendre; €'est en moi que l'on peut trouver fort à reprendre*

CÉLIMÈNE

Madame, on peut, je crois, louer et blâmer tout; Et chacun a raison, suivant Tâge ou le goût. Il est une saison pour la galanterie, Il en est une aussi propre à la pruderie. On peut, par politique, en prendre le parti. Quand de nos jeunes ans Téclat est amorti; Cela sert à couvrir de fàcljiÊiiSfîSJiisgEâce», Je ne dis pas qu'un jour je ne suive vos traces; L'âge amènera tout; et ce n'est pas le temps, Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.

AB SINGÉ. , j

Certes, vous vous targuez d'un bien foible avantage, U^'^f!^- ^V

Et vous faites sonner terriblement votre âge.

Ce que de plus que vous on en pourroit avoir

N'est pas un si grand cas pour s'en 'tant prévaloir

Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s'emporte.

Madame, à me pousser de cette étrange sorte.

CÉLIMÈNE

Et moi, je ne sais pas, madame, aussi pourquoi

€n vous voit en tous lieux vous déchaîner sur moi.\>j<>J*'

Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre?

Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre?

Si ma personne aux gens inspire de l'amour.

Et si l'on continue à m'ofirir chaque jour

Des vœux que votre cœ«r peut souhaiter qu'on m'ôle,

Je n'y saurois que faire, et ce n'est pas ma faute;

Vous avez le champ libre, et je n'empêche pas

Oue, pour les attirer, vous n'ayez des appas.

ARSINOÉ

Ilélas ! et croyez-vous que l'on se mette en peine ^ De ce nombre d'amants dont vous faites la vaine, Et qu'il ne nous soit pas fort aisé de juger A quel prix aujourd'hui l'on peut les engager? Pensez-vous faire croire, à voir comnje tout roule, Que votre seul mérite attire cette foule? Qu'ils ne brûlent pour vous que d'un honnête amour, Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour? On ne s'aveugle point par de vaines défaites;

leo LE MISANTHROPE.

Le monde n'est point dupe ; et j'en vois qui sont faites

A pouvoir inspirer de tendres sentiments,

Qui chez elles pourtant ne fixent point d'amants :

Et de là nous pouvons tirer des conséquences

Qu'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances*,

Qu'aucun, pour nos beaux yeux, n'est notre soupirant, -^

Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend.

Ne vous enflez donc pas d'une si grande gloire,

Pour les petits brillants d'une foible victoire ;

Et corrigez un peu l'orgueil de vos appas,

De traiter pour cela les gens de haut en bas.

Si nos yeux envioient les conquêtes des vôtres.

Je pense qu'on pourroit faire comme les autres,

Ne se point ménager, et vous faire bien voir

Que l'on a des amants quand on en veut avoir. ^ i

CÉLIMÈNE. \a^

Ayez-en donc, madame, et voyons cette affaire ; ^M/^ y Par ce rare secret efforcez-vous de plaire; t^.^jiAj^^'^'^''^ Et sans... ^^

ARSINOÉ

Brisons, nîadame, un pareil entrelien :

Il pousseroit trop loin votre esprit et le mien ; Et j'aurois pris déjà le congé qu'il faut prendre, j

Si mon carrosse encor ne m'obligeoit d'attendre. j

CÉLIMÈNE. i

Autant qu'il vous plaira vous pouvez arrêter, Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter. Mais, sans vous fatiguer de ma cérémonie. Je m'en vais vous donner meilleure compagnie ; Et monsieur, qu'à propos le hasard fait venir, Remplira mieux ma place à vous entretenir.

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