ACTE IV, SCENE III. iC
Tai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue, Et que j'ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.
De quelle trahison pouvez- vous donc vous plaindre?
ALCESTE
Ah! que ce cœur est double et sait bien l'art de feindre! Mais, pour le mettre à bout, j'ai des moyens tout prêts. » ♦ Jetez ici les yeux, et connoissez vos traits, 1^..^^.jl - ♦•-wt»'^ Ce billet découvert suffit pour vous confondre, Et contre ce témoin on n'a rien à répondre.
CÉLIMÈNE
Voilà donc le sujet qui vous trouble l'esprit?
ALCESTE
Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit !
CÉLIMÈNE
Et par quelle raison faut-il que j'en rougisse?
ALCESTE
Quoi! vous joignez ici l'audace à l'artifice!- ' t»>W^
Le désavouerez-vous pour n'avoir point dé seing? ^v'^^^*^
CÉLIMÈNE
Pourquoi désavouer un billet de ma main?
ALCESTE
Et vous pouvez le voir sans demeurer confuse Du crime dont vers moi son style vous accuse!
CÉLIMÈNE. ' '
Vous êtes, sans mentir, un grand extravagant. ij^i^jMJ\A^
Quoi! vous bravez ainsi ce témoin convaincant! Et ce qu'il m'a fait voir de douceur pour Oronte N'a donc rien qui rn outrage et qui vous fasse honte?
CÉLIMLINE.
Oronte ! Qui vous dit que la lettre est pour lui ?
ALCESTE
Les gens qui dans mes mains l'ont remise aujourd'hui. Mais je veux consentir qu'elle soit pour un autre, / Mon cœur en a-t-il moins à se plaindre du vôtre? En serez- vous vers moi moins coupable en effet?
CÉLlMÈi\E
Mais si c'est une femme à qui va ce billet,
En quoi vous blesse-t-il, et qu'a-t-il de coupable?
ALCESTE
Ah! le détour est bon, ei l'excuse admirable.
Je ne m'altendois pas, je l'avoue, à ce trait, v0j\X
Et me Toilà par là convaincu tout à fait. ur >"
Osez- vous recourir à ces ruses grossières ? o^^
Et croyez-vous les gens si privés de liunières? ^ '^
Voyons, voyons un peu par quel biais, de quel air,<>^yuijajiAr
Vous voulez soutenir un mensonge si clair;
Et comment vous pourrez tourner pour une femme
Tous les mots d'un billet qui montre tant de flamme. \ '
Ajustez, pour couwir un manquement de roi,-Vp VoJtV; (a^"
Ce que je m'en vais lire...
CÉLIMÈNE
Il ne me plaît pas, moi.
Je vous trouve plaisant d'user d'un tel empire Et de me dire au nez ce que vous m'osez dire !
ALCESTE
Non, non, sans s'emporter, prenez un peu souci De me justifier les termes que voici.
CÉLIMÈNE
Non, je n'en veiLx rien faire; et, dans cette occurrence. Tout ce que vous croirez m'est de peu d'importance.
ALCESTE
De grâce, montrez-moi, je serai satisfait,
Qu'on peut, pour une lemme, expliquer ce billet.
CÉLIMÈNE
Non, il est pour Oronte ; et je veux qu'on le croie.
Je reçois tous ses soins avec beaucoup de joi^
J'admire ce qu'il dit, j'estime ce qu'il est, ù^
Et je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît.' .^ ,
Faites, prenez parti; que rien ne vous arrête, ' -<^\y^^*^^
Et ne me rompez pas davantage la tête. OJ^^^^*^
ALCESTE, à part.
Ciel ! rien de plus cruel peut-il être inventé,
Et jamais cœur fut-il de la sorte traité? ^
Quoi ! d'un juste courroux je suis ému contre elle,
C'est moi qui më viens plaindre, et c'est moi qu'on querelle !
On pousse ma douleur et mes soupçons à bout,
On me laisse tout croire, onJiiit.^2ire de tout
Et cependant mon cœur est encore assez lâche
Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache,
Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris
Contre Tingrat objet dont il est trop épris !
A Célimène.
Ah ! que vous savez bien ici contre moi-même, Perfide, vous servir de ma foiblesse extrême, Et ménager pour vous l'excès prodigieux