‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 163 sur 489 · ACTE lY, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE III

De ce fatal amour né de vos traîtres yeux • Défendez-vous au moins d'un crime qui m'accable, Et cessez d'affecter d'être envers moi coupable. Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent ; A vous prêter les mains ma tendresse consent. ' Efforcez-vous ici de paroîlre fidèle, Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle.

CÉLIMÈNE

Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux,

Et ne méritez pas Tamour qu'on a pour vous.

Je voudrois bien savoir qui pourroit me contraindre

A descendre pour vous aux bassesses de feindre ;

Et pourquoi, si mon cœur penchoit d'autre côté.

Je ne le dirois pas avec sincérité !

Quoi ! de mes sentiments l'obligeante assurance

Contre tous vos soupçons ne prend pas ma défense?

Auprès d'un tel garant sont-ils de quelque poids?

jN'est-ce pas m'outrager que d'écouter leur voix?

Et, puisque notre cœur fait un effort extrême

Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime;

Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux,

S'oppose fortement à de pareils aveux, ^-^v^Ul^aa/tx*^

L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle

Doit-il impunément douter de cet oracle? -r^«-%y^

Et n'est-il pas coupable, en ne s'assurant pas

A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combat»?'

Allez, de tels soupçons méritent ma colère :

Et vous ne valez pas que l'on vous considère^

Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité

De conserver encor pour vous quelque bonté;

Je devrois autre part attacher mon estime,

Et vous faire un sujet de plainte légitime.

ALCESTE

Ah ! traîtresse ! mon foible est étrange pour vous ;

Vous me trompez, sans doute, avec des mots si doux;

Mais il n'importe, il faut suivre ma destinée;

A votre foi mon âme est tout abandonnée;

Je veux voir jusqu'au bout quel sera votre cœur,

Et si de me trahir il aura la noirceur. (Mj .-

CELIMENE.

Non, vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime,

ALCESTE

Ah ! rien n'est comparable à mon amour extrême; Et dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous.

Il va jusqu'à former des souhaits contre vous. Oui, je voudrois qu'aucun ne vous trouvât nimable, Que vous fussiez réduite en un sort misérable; Que le ciel en naissant ne vous eût donné rien ; Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien; Afin que de mon cœur l'éclatant sacrifice Vous pût d'un pareil sort réparer l'injustice ; Et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour De vous voir tenir tout des mains de mon amour,

CÉUMÊNE.

C'est me vouloir du bien d'une étrange manière'^ g Me préserve le ciel que vous ayez matière... C Voici monsieur Dubois plaisainment figuré. W>^\ç,Ars^.

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