‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 184 sur 489 · SCÈNE V. — VALÈRE, LUCAS, MARTLNE · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — VALÈRE, LUCAS, MARTLNE

LUCAS, à Valère, sans voir Martine.

Parguienne! j^avons pris là tous deux une guèble de aimmission; et je ne sais pas, moi, ce que je pensons attraper.

VALÈRE, à Lucas, sans voir Martine.

Que veux-tu, mon pau\Te nourricier? il faut bien obéir à notre maître : et puis, nous avons intérêt, l'un et l'autre, à la santé de sa fille, notre maîtresse; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous vaudra quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux prétentions qu'on peut avoir sur sa personne ; et, quoiqu'elle ait fait voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre.

MARTINE, rêvant à part, se croyant seule.

Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger?

LUCAS, à Valère.

Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les mè- ^ decins y avont tous pardu leur latin?

i VALÈRE, à Lucas.

On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas d'abord; et souvent en de simples lieux...

. ■* Ce mot, devenu proverbe, tennine plaisamment la querelle de ménage, et lie très-heureusement l'exposition ou plutôt le commencement de la pièce à l'action qui va commencer. (Auger,)

MARTINE, se croyant toujours seule.

Oui, il faut que je me venge, à quelque prix que ce soit. Ces coups de bâton me reviennent au cœur, je ne les saurois digérer; et... (Elle dit t.cut ceci en rêvant, de sorte que, ne prenant pas garde à ces deux hommes, elle les heurte en se retournant, et leur dit :) Ah! messieurs, je VOUS demande pardon; je ne vous voyois pas, et cherchois dans ma tête quelque chose qui m'embarrasse.

VALÈRE

Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons s ussi ce que nous voudrions bien trouver.

MARTINE

Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider?

VALÈRE

Cela se pourroit faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile homme, quelque médecin particulier qui pût donner quelque soulagement à la fille de notre maître, attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur science après elle ; mais on trouve parfois des gens avec des.secrets admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent ce que les autres n'ont su faire ; et c'est là ce que nous cherchons.

MARTINE, bas, à part.

Ah! que le ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon pendard! (Haut.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour rencontrer ce que vous cherchez ; et nous avons un homme, le plus merveilleux homme du monde pour les maladies désespérées.

VALÈRE

Eh! de grâce, où pouvons-nous le rencontrer?

MARTINE

Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à couper du bois.

Un médecin q?ii coupe du bois!

VALÈRE

Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez- vous dire?

MARTINE

Non; c'est un homme extraordinaire qui se plaît à cela, fantasque ,

bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est .

Il va velu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroîlre

I ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les jours

I que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus dujciel pour la nié--

decine.

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