‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 188 sur 489 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

SGANÂRELLE.

Non, en conscience; vous en payerez ce\a. Je vous parle sincèrement, et ne suis pas homme à surfaire.

VALÈRE

Faut-il, monsieur, qu'une personne comme vous s'amuse à ces grossières feintes, s'abaisse à parler de la sorte ! qu'un homme si savant, un fameux médecin, comme vous êtes, veuille se déguiser aux yeux du monde, et tenir enterrés les beaux talents qu'il a !

SGANARELLE, à paît.

Il est fou.

VALÊRE.

De grâce, monsieur, ne dissimulez point avec nous.

SGANARELLE

Comment?

LUCAS

Tout ce tripotage ne sart de rian; je savons ce que je savons.

Quoi donc! que me voulez-vous dire? Pour qui me prenez-vous?

VALÊRE.

Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin.

SGANARELLE

Médecin vous-même; je ne le suis point, et je ne l'ai jamais été.

VALÈRE, bas.

Voilà sa folie qui le tient. (Haut.) Monsieur, ne veuillez point nier les choses davantage ; et n'en venons point, s'il vous plait, à de fâcheuses extrémités.

SGANARELLE

A quoi donc?

VALÊRE.

A de certaines choses dont nous serions marris.

SGANARELLE

Parbleu ! venez-en à tout ce qu'il vous plaira ; je ne suis point médecin, et ne sais ce que vous me voulez dire.

VALÊRE, bas.

Je vois bien qu'il faut se servir du remède. (Haut.) Monsieur, encore un coup, je vous prie d'avouer ce que vous êtes.

LUCAS

Eh ! tétigué ! ne lantiponez point davantage, et confessez à la liran quelle que v's êtes médecin.

SGANARELLE, à part.

J'enrage !

A quoi bon nier ce qu'on sait?

LUCAS

Pourquoi toutes ces fraimes-là? A quoi est-ce que ça vous sart?

SGANARELLE

Messieurs, en un mot autant qu'en deux mille, je vous dis que je ne

suis point médecin.

VALÊRE.

Vous n'êtes point médecin?

SGANAFJBLLB.

Kon.

LUCAS

V n'êtes pas médecin?

SGANAI^ELLE.

Non, vous dis-je!

VALÈRE

Puisque vous le voulez, il faut donc s'y résoudre. (Ils prennent chacun

un bûlon el le frappent.)

SGANARELLE

Ah! àhl messieurs! je suis tout ce qu'il vous plaira.

Pourquoi, monsieur, nous obligez-vous à cette violence?

LUCAS

A quoi bon nous bailler la peine de vous battre?

VALÈRE

Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.

LUCAS

JRar ma figue ! j'en sis fâché, franchement.

SGANARELLE

Que diable est ceci, messieurs? De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?

VALÈliE.

Quoi ! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin?

SGANARELLE

Diable emporte si je le suis !

LUCAS

Il n'est pas vrai qu'ous sayez médecin?

SGANARELLE

Non, la peste m'étouffe ! (Us recommencent à le battre.) Ah ! ah ! Eh bien, messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. J'aime mieux consentir à tout que de me faire assommer.

VALÈrjE.

Ah! voilà qui va bien, monsieur : je suis ravi de vous xmr raisonnable.

Vous me boutez la joie au cœur, quand je vous vois parler comme ça.

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