SCÈNE U. — U PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, PHILIS, MORON
AGLANTE
Viens, approche, Moron, viens nous aider à défendre l'amour contre les sentiments de la princesse.
A^oilà votre parti fortifié d'un grand défenseur.
MORON
Ma loi, madame, je crois qu'après mon exemple il n'y a plus rien à dire, et qu'il ne faut plus mettre en doute le pouvoir de l'amour. J'ai bravé ses armes assez longtemps, et fait de mon drôle comme un autre; mais enfm ma fierté a baissé Toreille, et vous (Il momre Philis.) avez une traîtresse qui m'a rendu plus doux qu'un agneau. Après cela on ne doit plus faire aucim scrupule d'aimer; et, puisque j'ai bien passé par là, il peut bien y en passer d'autres.
CYNTHIE
Quoi ! Moron se mêle d'aimer?
MOROX.
fort bien.
CYNTHIE
Et de vouloir être aimé?
MORON
El pourquoi non? Est-ce qu'on n'est pas assez bien fait pour cela? Je pense que ce visage est assez passable, et que pour le bel air, Dieu merci, nous ne le cédons à personne.
CYNTHIE
Sans doute, on auroit tort.
SCÈiNE m. — LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, PHILIS, MORON, LYCAS.
LYCAS
Madame, le prince votre père vient vous trouver ici, et conduit avec lui les princes de Pyle et dlthaque, et celui de Messène.
0 ciel ! que prétend-il faire en me les amenant? Auroit-il résolu ma perle, et voudroit-il bien me forcer au choix de quelqu'un d'eux?
SCÈNE IV. — IPHITAS, EURYALE, ARISTOMÈNE. THÉOCLE, U PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, PHILIS, MORON.
LA PRINCESSE, à Iphitas.
Seigneur, je vous demande la licence de prévenir par deux paroles la déclaration des pensées que vous pouvez avoir. U y a deux vérités, seigneur, aussi constantes Tune que lautre, et dont je puis vous assurer également : Tune, que vous avez un absolu pouvoir sur moi, et que vous ne sauriez m'ordonner rien où je ne réponde aussitôt par mie obéissance aveugle ; Tautre, que je regarde Thyménée ainsi que le trépas, et qu'il m'est impossible de forcer cette aversion naturelle. Me donner un mari, et me donner la mort, c'est une même chose; mais votre volonté va la première, et mon obéissance m'est bien plus chère que ma vie. Après cela parlez, seigneur; prononcez librement ce que vous voulez.
IPHITAS.
Ma fille, tu as tort de prendre de telles alarmes ; et je me plains de toi, qui peux mettre dans ta pensée que je sois assez mauvais père poiu* vouloir faire violence à tes sentiments et me servir tyranniquement de la puissance que le ciel me donne sur toi. Je souhaite, à la vérité, que ton cœur puisse aimer quelqu'un. Tous mes vœux seroient satisfaits, si cela pouvoit arriver : et je n'ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici qu'afm d'y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d'illustre, et que, parmi cette noble jeunesse, tu puisses enfin rencontrer où arrêter tes yeux et déterminer tes pensées. Je ne de-