‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 192 sur 489 · SCÈNE II. — GÉRONTE, JACQUELINE, LUCAS · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — GÉRONTE, JACQUELINE, LUCAS

JACQUELINE

Par ma fi, monsieu, ceti-ci fera justement ce qu'an*, fait les autres. Je pense que ce sera quessi queumi ; et la meilleure médeçaine que j l'an pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon K mari, pour qui aile eût de l'amiquié. p

GÉRONTE

Ouais ! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses !

LUCAS

Taisez-vous, noire minagère Jacquelaine ; ce n'est pas à vous à boiH ter là votre nez.

JACQUELINE

Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de l'iau claire ; que votre fille a besoin d'autre chose que de rhibarbe et de séné, et qu'un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.

GÉRONTE

Est-elle en état maintenant qu'on s'en voulût charger, avec lïnfirmité qu'elle a? Et lorsque j'ai été dans le dessein de la marier, ne s'est-elle pas opposée à mes volontés?

JACQUELINE

Je le crois bian; vous l'y vouliez bailler eun homme qu'allé n'aime

* Ceci prépare la seconde scène du troisième acte, ou nous- verrons Thibaut et Perrin venir demander des remèdes à Sganarelle.

point. Que ne preniais-vons ce monsieu Liandre, qui li louchoit au cœur? aile anroit été fort obéissante; et je m'en vas gager qu'il la prendroit, li, comme aile est, si vous la li vouiUais donner.

GÉRONTE

Ce Léandcerfest pas ce qu'il faut; il n'a pas du bien comme T autre.

JACQUELINE

U a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquié !

GÉRONTE

fous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n'est rien tel que ce qu'on tient; et Ton court grand risque de s'abuser, lorsque l'on compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de messieurs les héritiers ; et Ton a le temps d'avoir les dents longues, lorsqu'on attend pour vivre le trépas de quelqu'un.

JACQUELINE

Enfin, j'ai toujours ouï dire qu'en mariage, comme ailleurs, contentement passe rich'h^se. Les pères et les mères ant cette maudite couteume de demander toujours : Qu'a-t-il? et Qu'a-t-elle? et le compère Piarre a marié sa fille Simonelte au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu'il avoit davantage que le jeune Robin, où elle avoit bouté £on amiquié; et v'ià que la pauvre criature en est devenue jaune comme un coing, et n'a pas profité tout depuis ce temps-là. C'est un bel exemple pour vous, monsieu. On n'a que son plaisir en ce monde ; et j'aimerois mieux bailler à ma fille eun bon mari qui li fût agriable, que toutes les rentes de la Biausse.

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