‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 198 sur 489 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

GÉRONTE

Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de langue?

SGANARELLE

Aristote, là-dessus, dit... de fort belles choses.

Je le crois.

Ah! c'étoit un grand homme !

SGANARELLE

GÉRONTE

Sans doute.

SGANARELLE

Grand homme tout à fait... (Levant le bras depuis le coude.) Un homme qui étoit plus grand que moi de tout cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs, qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs peccantes; peccantes, c'est-à-dire... humeurs peccantes ;1(fr autant que les vapeurs formées par les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans k région des maladies, venant... pour ainsi dire... à... Entendez-vous le^ latin? ^

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En aucune façonî.

SGANARELLE, sc levant brusquement.

Vous n'entendez point le latin?

GÉRONTE

Non.

SGANARELLE, en faisant diverses plaisantes postures.

Cabricias, arci thuram, catalamus, singulariter, nominalivo, hœc musa, la muse, bonus, bona, bonum. Deus sanctus, est-ne oratio latinas? Etiam, oui. Quare? pourquoi? Quia substantivo, et adjeoevum, concordat in generi, numerum, et casus *.

GÉRONTE

Ah! quen'ai-je étudié!

JACQUELINE

L'habile homme que vlà!

Oui, ça est si biau, que je n'y entends goutte.

SGANARELLE

Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer, du côté gauche où est le foie, au côté droit où est le cœur, il se trouve que le pou-

* Les quatre premiers mots de cette tirade prétendue latine sont des mots forges qui n appartiennent à aucune langue. Le reste est une citation estropiée de quelques lignes du rudiment de Despautére, et principalement de ce passage: «Deus sanctus, est-ne oratio latina? Etiam. Quare? Quia adjectivum et subslan- UYum coîicordant m génère, numéro, casu. » (Auger.)

mon, qWi nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, que nous nommons en grec iiasmus, par le moyen de la veine cave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesditos vapeurs qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites vapeurs... comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que lesdites vapeurs ont certaine malignité.. . écoutez bien ceci, je vous conjure.

GÉUOME.

Oui.

SGÀNARELLE.

Ont une certaine malignité qui est causée... soyez attentif, s'il vous plait.

gIucwte.

Je le suis.

SGANARELLE

Qui est causée par i acreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabandus, ne'quels, nequer, potarinumy quipsa miluS. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette.

JACQUELINE

Ah! que ça est bian dit, notre homme!

LUCAS

Que n'ai-je la langue aussi bian pendue!

GÉROiNTE.

On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose qui m'a choqué : c'est l'endroit du foie et du cœur. Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont ; que le cœur est du eôlé gaudie, et le foie du côté droit.

SGANARELLE

Oui ; cela était autrefois ainsi : mais nous avons changé tout cela, et nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle, i

GÉRONTE. I

C'est ce que je ne savois pas, et je vous demande pardon de mon Ignorance.

SGANARELLE

Il n'y a point de mal; et vous n'êtes pas obligé d'être aussi habile que nous,

eéRONTE.

Assurément. Mais, monsieur, que croyez- vous qu'il faille faire â cette maladie?

SGANARELLE

Ce qae je crois qu'il faille faire?

GÉRONTg.

I cho:

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