‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 197 sur 489 · ACTE II, SCÈNE VI. W · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. W

SGANARELLE, assis entre Géronte et Lucinde.

Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme bien sain s'en accommoderoit assez.

GÉRONTE

Vous l'avez fait rire, monsieur.

SGANARELLE

Tant mieux : lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur signe du monde. (A Lucinde.) Eh bien, de quoi est-il question? Qu'avez-vous? quel est le mal que vous sentez?

LUCINDE répond par signes, en portant la main à sa bouche, à sa tôte, et sous son menton.

Han, hi, bon, han.

SGANAREtiLE.

Eh! que dites-vous?

LUCINDE continue les mêmes gestes.

Han, hi, bon, han, han, hi, bon.

SGAKA&ELLE.

Quoi?

LUCINDE

Han, hi, bon.

SGANARELLE, la contrefaisant.

Han, hi, bon, han, ha. Je ne vous entends point. Quel diable de langage est-ce là?

Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est dy.vfi\)nft mneffe, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage.

SGANARELLE

Et pourquoi?

GÉRONTE

Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conckre les choses.

SGANARELLE

Et qui est ce sot-là, qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderois bien de la vouloir guérir.

GÉRONTE

Enfin, monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins |>our la soulager de son mal.

SGANARELLE

Ail! ne vous mettez prs en peine. Dites-moi un peu : ce mal Toppresse-t-il beaucoup?

GERONTE.

Oui, monsieur.

a08 LE MÉDECIN MALGRÉ LUL

SGANARELLE

Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?

Fort grandes.

SGANARELLE

C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez?

GÉRONTE

Oui.

SGANARELLB.

Copieusement?

GÉRONTE

Je n'entends rien à cela.

SGANARELLE

La matière est-elle louable?

GÉRONTE

Je ne me connois pas à ces choses.

SGANARELLE, se tournaat vers la malade.

Donnez-moi votre bras. (A Géronie.) Voilà un pouls qui marque que > votre fille est muette.

GÉRONTE

Eh! oui, monsieur, c'est là son mal ; vous l'avez trouvé tout du premier coup.

SGANARELLE

Ah! ah'

JACQUELINE

Voyez comme il a deviné sa maladie '

Nous autres grands médecins, nous connoissons d'abord les choses. Un ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire : C'est ceci, c'est cela; mais moi, je louche au but du premier coup, et je vous apprends que votre fille est muette.

GÉRONTE

Oui; mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d'où cela vient.

SGANARELLE

n n'est rien de plus aisé; cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.

GÉRONTE

Fort bien. Mais la cause, s'il vous plaît, qui fait qu'elle a perdu la parole?

j SGANARELLE.

Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de l'action de sa langue.

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