‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 210 sur 489 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

GÉRONTE

Mais...

LUCINDE

Il n'est puissance paternelle qui me puisse obligera me marier malgié moi.

GÉr.ONTE.

J'ai...

LUCINDE

Vous avez beau faire tous vos efforts.

LUCINDE

Mon cœur ne sauroit se soumettre à celte tyrannie.

GÉRONTE

La...

LUCINDE

Et je me jetterai plutôt dans un couvent que d'épouser un homme que je n'aime point.

GÉRONTE

Mais...

LUCINDE, parlant d'un ton de voix à étourdir. Non. En aucune façon. Point d'affaires. Vous perdez le temps. Je n'en ferai rien. Cela est résolu. •

GÉRONTE

Ah î quelle impétuosité de paroles ! Il n'y a pas moyen d'y résister. (ASganarelle.) Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.

SGANARELLE

C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour votre service est de vous rendre sourd, si vous voulez.

GÉRONTE

Je vous remercie. (A Lucinde.) Penses-tu donc...

LUCINDE

Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon âme.

GÉRONTE

Tu épouseras Horace dès ce soir.

J'épouserai plutôt la mort.

SGANARELLE, à Géronte.

Mon Dieu! arrêtez-vous, laissez -moi médicamenter cette affaire; c'est f^^ une maladie qui la tient, et je sais le remède qu'il y faut apporter.

GÉRONTE

Seroit-il possible, monsieur, que vous pussiez aussi guérir cette I "k / maladie d'esprit? \ ■^•'

SGANARELLE

Oui; laissez-moi faire, j'ai des remèdes pour tout; et notre apo

thicaire nous servira pour cette cure. (A Léandre.) Un mot. Vous voyez que Tardeur qu'elle a pour ce Léandre est tout à fait contraire aux volontés du père ; qu'il n'y a point de temps à perdre ; que les humeur^ sont fort aigries ; et qu'il est nécessaire de trouver promptement un remède à ce mal, qui pourroit empirer par le retardement. Pour moi, je n'y en vois qu'un seul, qui est une prise de fuite purgative, que vous mêlerez comme il faut avec deux drachmes de malrimonium en pilules. Peut-être iera-t-elle quelque difficulté à prendre ce remède : mais, comme vous êtes habile homme dans votre métier, c'est à vous de l'y résoudre, et de lui faire avaler la chose du mieux que vous pourrez. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin, afin de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendrai ici son père; mais surtout iîg perdez point de temps. Au remède, vite! au remède spécifique !

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