ACTE I, SCÈNE III
ÉROXÈNE.
Il efface à mes yeux tout ce qu'on voit paroître; Et, si j'avois un sceptre, il en seroit le maître.
DAPHNÉ
Ce seroit donc en vain qu'à chacune, en ce jour, On nous voudroit du sein arracher cet amour : Nos âmes dans leurs vœux sont trop bien affermies. Ne tâchons, s'il se peut, qu'à demeurer amies; Et, puisqu'en même temps, pour le môme sujet, Nous avons toutes deux formé même projet, Mettons dans ce débat la franchise en usage, Ne prenons Tune et l'autre aucun lâche avantage, Et courons nous ouvrir ensemble à Lycarsis Des tendres sentiments où nous jette son fils.
ÉROXÈNE.
J'ai peine à concevoir, tant la surprise est forte. Comme un tel fils est né d'un père de la sorte; Et sa taille, son air. sa parole et ses yeux, Feroient croire qu il est issu du sang des dieux. Mais enfin j'y souscris, courons trouver ce père, Allons-lui de nos cœurs découvrir le mystère ; Et consentons qu'après, Myrtil, entre nous deux, Décide par son choix ce combat de nos vœux.
DAPHNÉ
Soit. Je vois Lycarsis avec Mopse et Nicandre,
Ils pourront le quitter, cachons-nous poiu* attendre.