‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 241 sur 489 · SCÈNE III. — ADRASTE; DEUX LAQUAIS, portant chacun un flambeau · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — ADRASTE; DEUX LAQUAIS, portant chacun un flambeau

HALI

ADRASTE

Est-ce toi, Hali?

HALI

Et qui pourroit-ce être que moi? A ces Leures de nuit, hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de courir maintenant les rues.

ADRASTE

Aussi ne crois-je pas qu'on puisse voir personne qui sente dans son cœur la peine que je sens. Car, enfin, ce n'est rien d'avoir à combattre rindifférence ou les rigueurs d'une iDeauté qu'on aime, on a toujours au moms le plaisir de la plainte et la liberté des soupirs ; mais ne pouvoir trouver aucune occasion de parler à ce qu'on adore, ne pouvoir savoir d une belle si l'amour qu'inspirent ses yeux est pour lui plaire ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes; et c'est où me réduit l'incommode jaloux qui veille, avec tant de souci, sur ma charmante Grecque, et ne fait pas un pas sans la traînera ses côtés.

HALI

Mais il est, en amour, plusieurs façons de se parler; et il me semble, à moi, que vos yeux et les siens, depuis près de deux mois, se sont dit bien des choses.

ADRASTE

Il est vrai qu'elle et moi souvent nous nous sommes parlé des yeux; mais comment reconnoitre que, chacun de notre côté, nous ayons, comme il faut, expliqué ce langage? Et que sais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent, et si les siens me disent ce que je crois parfois entendre?

HALI

Il faut chercher quelque moyen de se parler d'autre manière.

ADRASTE

As-tu là tes musiciens?

Oui.

ADRASTE

Fais-les approcher. (Seul.) Je veux jusques au jour les faire ici cl ter, et voir si leur musique n'obligera point cette belle à paroitre*lij quelque fenêtre.

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