HALL
Il faut qu'ils chantent un trio qu'ils me chantèrent l'autre jour.
ADP.ASTE.
Non. Ce n'est pas ce qu'il me faut.
HALI
Ah ! monsieur, c'est du beau bécarre.
ADRASTE
Que diantre veux-tu dire avec ton beau bécarre?
HALI
Monsieur, je tiens pour le bécarre. Vous savez que je m'y connois. Le bécarre me charme ; hors du bécarre, point de salut en harmonie. Écoutez un peu ce trio,
ADRASTE
Non. Je veux quelque chc3e de tendre et de passionné, quelque chose qui m'entretienne dans une douce rêverie.
HALI
Je vois bien que vous êtes pour le bémol ; mais il y a moyen de nous contenter l'un et l'autre. Il faut qu'ils vous chantent une certaine scène d'une petite comédie que je leur ai vu essayer. Ce sont deux bergers amoureux, tout remplis de langueur, qui, sur bémol, viennent séparément faire leurs plaintes dans un bois, puis se découvrent l'un à l'autre la cruauté de leurs maîtresses ; et là-dessus vient un berger joyeux avec un bécarre admirable, qui se moque de leur foiblesse.
ADRASTE
J'y consens. Voyons ce que c'est.
HALI
Voici, tout juste, un lieu propre à servir de scène; et voilà deux flambeaux pour éclairer la comédie.
ADRASTE
Place-toi contre ce logis, afin qu'au moindre bruit que Ton fera dedans, je fasse cacher les lumières *.
* L'espèce de sérénade que donne Adraste à la belle Isidore doit faire supposer que la scène se passe dans la rue. Les scènes chantées qui suivent furent mises en musique par Lulli. (Bret.)