‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 242 sur 489 · HALL · texte numérisé non relu

HALL

Il faut qu'ils chantent un trio qu'ils me chantèrent l'autre jour.

ADP.ASTE.

Non. Ce n'est pas ce qu'il me faut.

HALI

Ah ! monsieur, c'est du beau bécarre.

ADRASTE

Que diantre veux-tu dire avec ton beau bécarre?

HALI

Monsieur, je tiens pour le bécarre. Vous savez que je m'y connois. Le bécarre me charme ; hors du bécarre, point de salut en harmonie. Écoutez un peu ce trio,

ADRASTE

Non. Je veux quelque chc3e de tendre et de passionné, quelque chose qui m'entretienne dans une douce rêverie.

HALI

Je vois bien que vous êtes pour le bémol ; mais il y a moyen de nous contenter l'un et l'autre. Il faut qu'ils vous chantent une certaine scène d'une petite comédie que je leur ai vu essayer. Ce sont deux bergers amoureux, tout remplis de langueur, qui, sur bémol, viennent séparément faire leurs plaintes dans un bois, puis se découvrent l'un à l'autre la cruauté de leurs maîtresses ; et là-dessus vient un berger joyeux avec un bécarre admirable, qui se moque de leur foiblesse.

ADRASTE

J'y consens. Voyons ce que c'est.

HALI

Voici, tout juste, un lieu propre à servir de scène; et voilà deux flambeaux pour éclairer la comédie.

ADRASTE

Place-toi contre ce logis, afin qu'au moindre bruit que Ton fera dedans, je fasse cacher les lumières *.

* L'espèce de sérénade que donne Adraste à la belle Isidore doit faire supposer que la scène se passe dans la rue. Les scènes chantées qui suivent furent mises en musique par Lulli. (Bret.)

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