‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 271 sur 489 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SCÈNE I. — MADAME PERNELLE, ELMIRE, MARL\NE, CLÉANTE, DAMIS, DORINE, FLIPOTE.

MADAME PEIîNELLE.

Allons, Flipote, allons ; que d'e'ax je me délivre.

ELMIRE

Vous marchez d'un tel pas, qu'on a peine à vous suivro.

MADAME PEr.NELLE.

Laissez, ma bru, laissez ; ne venez pas plus loin ; Ce sont toutes façons dont je n ai pas besoin.

EOÎIRE.

De ce que Ton vous doit envers vous on s'acquitte. Mais, ma mère, d'où vient que vous sortez si vite?

lolière, nous causons wisenoble; il m'ordonne des remèdes; je ne les fais point Hje guéris.» (Grimarest.) — iMolière obtint le canonicat qu'il d^naandait pour ■" fils de ce médecin. (Auger.)

MADAME PEF.NELLE.

C'est que je ne puis voir tout ce ménage-ci, Et que de me complaire on ne prend nul souci. Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée : Dans toutes mes leçons j y suis contrariée; On n y respecte rien, chacun y parle haut, Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud ».

DOrJNE.

Si...

MADAME PERNELLE

Vous êtes, ma mie, une fille suivante, Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente; Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.

DAMIS

Mais...

MADAME PERNELLE

Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils ; C'est moi qui vous le dis, qui suis votre grand mère ; Et j'ai prédit cent fois à mon fils, votre père. Que vous preniez tout l'air d'un méchant garnement, Et ne lui donneriez jamais que du tourment.

M ARIANE

Je crois...

MADAME PERNELLE

Mon Dieu ! sa sœur, vous faites la discrète, Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette Mais il n'est, comme on dit, jrtre eau que Teau qui dort, Et vous menez, sous chape'*, un train que je hais fort.

ELMIRE

Mais, ma mère...

MADAME PERNELLE

Ma bru, qu'il ne vous en déplaise.

Votre conduite, en tout, est tout à fait mauvaise: Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux ; Et leur défunte mère en usoit beaucoup mieux. Vous êtes dépensière ; et cet état me blesse. Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse.

* Lorsque toutes les corporations avaient leur chef, autrement leur roi, les rnendianls avaient le leur, qu'ils appelaient Pétaud, par corruption du latin pclo (je demande}. Comme on a supposé que le roi des gueux avait peu d'autoriLé sur sa nation, on a nommé cour du roi Vélaud, et, plus briéveroenf, péiaudière, toute société, toute maison où chacu» est maître. (Auger.)

* So^ts chape ou sous ccipe, en secret. La cape ou chape, le bardocucullus des Gaulois, était un manteau à capuchon. On rabattait ce capuchon pour se cacher le visage, lorsqu'on voulait n'être point reconnu ; et métaphoriquement on vivait sous cape, quand on cachait ses actions. (Ch. Louandre.)

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