D0P.INE
i)aphné, notre voisine, et son petit époux, Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous? Ceux de qui la conduite oftre le plus à rire Sont toujours sur autrui les premiers à médire : Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement, D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie. Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie ; Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs. Ils pensent dans le monde autoriser les leurs. Et, sous le faux espoir de quelque ressemblance, Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés.
M.VDAWE PERNELLE.
Tous ces raisonnements r'e font rien à l'affaire. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire ; Tous ses soins vont au ciel ; et j'ai su, par des gens.. Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.
DORINE
L'exemple est admirable, et cette dame est bimne!
11 est vrai qu'elle vit en austère personne;
Mais l'âge, dans son âme, a mis ce zèle ardent.
Et l'on sait qu'elle est prude, à son corps délendant.
Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages;
Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser.
Au monde qui la quitte elle veut renoncer.
Et du voile pompeux d'une haute sagesse
De ses attraits usés déguiser la foiMesse.
Ce sont là les retours des coquettes du temps ;
Il leur est dur de voir déserter les galants.
Dans un tel aba don, leur sombre inquiétude
Ne voit d'autre recours que le métier de prude;
Et la sévérité de ces femmes de bien
Censure toute chose et ne pardonne à rien.
Hautement d'un chacun elles blâment la vie.
Non point par charité, mais par un trait d'envie, Qui ne sauroit souffrir qu'une autre ait les plaisirs Dont le penchant * de l'âge a sevré leurs désirs.
MADAME PERNELLE, à Elmire.
Voilà les contes bleus qu'il vous faut, pour vous plaire,
Ma bru. L'on est chez vous contrainte de se taire :
Car madame, à jaser, tient le dé tout le jour.
Mais enfin je prétends discourir à mon tour :
Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage
Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage ;
Que le ciel au besoin Ta céans envoyé
Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé;
Que, pour votre salut, vous le devez entendre,
Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre.
Ces visites, ces bals, ces conversations.
Sont du malin esprit toutes inventions.
Là, jamais on n'entend de pieuses paroles ;
Ce sont propos oisifs, chansons, et fariboles :
Bien souvent le prochain en a sa bonne part,
Et l'on y sait médire et du tiers et du quart.
Enfin les gens sensés ont leurs tètes troublées
De la confusion de telles assemblées ;
Mille caquets divers s'y font en moins de rien ;
Et, comme l'autre jour un docteur dit fort bien
C'est véritablement la tour de Babylone^,
Car chacun y babille, et tout du long de l'aune ;
Et, pour conter l'histoire où ce point l'engagea...
Montrant Cléante, Voilà-t-il pas monsieur qui ricane déjà ' Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire,
A Elmire.
Et sans... Adieu, ma bru; je ne veux plus rien dire.
Sachez que pour céans j'en rabats de moitié,
Et qu'il fera beau temps quand j'y mettrai le pied.
Donnant un soufflet à Flipoie.
Allons, vous, vous rêvez et bayez aux corneilles. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupe, marchons ^I
* Penchant, déclin.
* La bonne femme, trompée par la ressemblance de babil et de Babylone, àH la tour de Babylone pour la tour de Babel.
' Cette exposition est peut être la meilleure de Molière, qm n'en a fait que d'excellentes. (Auger.)