‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 277 sur 489 · ACTE 1, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE V

DORINE

Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soîr. Avec un mal de têle étrange à concevoir

ORGON

Et Tartuffe?

DORINE

Tartuffe! il se porte à merveille, Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.

ORGON

Le pauvre homme !

Dor.mE.

Le soir elle eut un grand dégoût.

Et ne put, au souper, toucher à rien du tout, Tant sa douleur de tête étoit encor cruelle !

ORGON

Et Tartuffe?

Il soupa, lui tout seul, devant elle; Et fort dévotement il mangea deux perdrix. Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON

Le pauvre honmie !

DORINE

La nuit se passa tout entière Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière; Des chaleurs Tempêclioient de pouvoir sommeiller. Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.

ORGON

Et Tartuffe?

DORINE

Pressé d'un sommeil agréaWe, n passa dans sa chambre au sortir de la table ; Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain. Où, sans trouble, il dormit jusques au lendemain.

OECON.

Le pauvre homme !

DORINE

A la fin, par nos raisons gagnée.

Elle se résolut à souffrir la saignée ; Et le soulagement suivit tout aussitôt.

ORGON

Et Tartuffe?

DORINE

Il reprit courage comme il faut;

ÎOS LE TARTUFFE.

Et, contre tous les maux fortifiant son âme, Pour réparer le sang qu'avoit perdu madame, But, à son déjeuner, quatre grands coups d« vin.

ORGON

Le pauvre homme-

DORINE

Tous deux se portent bien enfin, Et je vais à madame annoncer, par avance, La part que vous prenez à sa convalescence.

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