‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 290 sur 489 · CTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

CTE II, SCÈNE IV

VALÈRE

Jîoi, je vous l'ai donné pour vous plaire, madame

M ARIANE

Et moi, je le suivrai pour vous faire plaisir.

DORINE, se retirant dans le fond du Ihéàlre. Voyons ce qui pourra de ceci réussir.

VALÈRE

C'est donc ainsi qu on aime? Et c'étoit tromperie Quand vous...

MARIANE

Ne parlons point de cela, je vous prie; Vous m'avez dit tout franc que je dois accepter Celui que pour époux on me veut présenter, Et je déclare, moi, que je prétends le faire, Puisque vous m'en donnez le conseil salutaire.

Ne vous excusez point sur mes intentions. Vous aviez pris déjà vos résolutions ; Et vous vous saisissez d'un prétexte frivole Pour vous autoriser à manquer de parole.

MARIANE

D est vrai, c'est bien dit.

VALÈRE

lèans doute ; et votre cœur N'a jamais eu pour moi de véritable ardeur

MARIANE

Hélas! permis à vous d'avoir cette pensée.

VALÈRE

Oui, oui, permis à moi : mais mon âme offensée Vous préviendra peut-être en un pareil dessein; Et je sais où porter et mes vœux et ma main.

MARIANE

Ah! je n'en doute point; et les ardeurs qu'excite Le mérite...

VALÈRE

Mon Dieu ! laissons là le mérite.

J'en ai fort peu sans doute, et vous en faites foi. Mais j'espère aux bontés qu'une autre aura pour moi; Et j'en sais de qui Tâme, à ma retraite ouverte, Consentira sans honte à réparer ma perte.

MARIANE

La perte n'est pas grande ; et de ce changement Vous vous consolerez assez facilement.

3t0 • LE TARTUFFE

VALÈr.E.

J'y ferai mon possible, et vous le pouvez croire.

Un cœur qui nous oublie engage notre gloire ;

Il faut à Toublier mettre aussi tous nos soins ;

Si Ton n en vient à bout, on le doit feindre au moins;

Et cette lâcheté jamais ne se pardonne,

De montrer de Tamour pour qui nous abandonne.

MARIANE

Ce sentiment sans doute est noble et relevé-

VALÈRE

Fort bien; et d'un chacun il doit être approuvé. Eh quoi ! vous voudriez qu'à jamais dans mon âme Je gardasse pour vous les ardeuis de ma flamme, Et vous visse, à mes yeux, passer en d autres bras, Sans mettre ailleurs un cœur dont vous ne voulez pas?

MARIANE

Au contraire; pour moi, c'est ce que je souhaite; Et je voudrois déjà que la chose lût faite.

VALÈRE

Vous le voudriez?

MARIAKB.

Oui.

VALÈRE

(Test^ssez m'insulter, Madame; et, de ce pas, je vais vous contenter.

Il fait un pas pour s'en aller.

Fort bien

VALÊRÇ, revenant.

Souvenez-vous au moins que c'est vous-même Qui contraignez mon cœur à cet effort extrême.

MARIA^E

Oui.

VALÈRE, revenant encore.

Et que le dessein que mon âme conçoit rfest rien qu'à votre exemple.

MARLVNE.

A mon exemple, soit.

VALÈRE, en sortant.

Suffit : vous allez être à point nonmié servie.

MAIUANE.

Tant mieux.

TAUÈRE, rerenant encore.

Vous me voyez, c'est pour toute ma yie.

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