ACTE III, SCÈNE III
Des ouvrages parfaits que le ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles;
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :
11 a sur votre face épanché des beautés
Dont les yeux sont surpris et les cœurs transportés,
Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous TAuteur de la nature
Et d'une ardente amour sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète
Ne fût du noir esprit une surprise adroite ;
Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut,
Vous croyant un obstacle à faire mon salut.
Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable!
Que cette passion peut n'être point coupable,
Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,
Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur.
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande
Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande;
Mais j'attends en mes vœux tout de votre bonté,
Et rien des vains efforts de mon infirmité.
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;
De vous dépend ma peine ou ma béatitude ;
Et je vais être enfin, par voire seul arrêt,
Heureux, si vous voulez ; malheureux, s'il vous plaît
ELMIUE.
La déclaration est tout à fait galante;
Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.
Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein.
Et raisonner un peu sur un pareil dessein.
Un dévot comme vous, et que partout on nomme...
Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme : Et, lorsqu'on ^nent à voir vos célestes appas, Un cœur se laisse prendre et ne raisonne pas. Je sais qu'un tel discours de moi paroît étrange : Mais, madame, après tout, je ne suis pas un ange, Et, si vous condamnez Taveu que je vous fais, Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine, De mon intérieur vous fûtes souveraine; De vos regards divins l'ineffable douceur Força la résistance où s'obsliiioit mon cœur; Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous Tout dit mille fois ;
Et, pour mieux m' expliquer, j'emploie ici la voix.
Que si vous contemplez, d'une âme un peu bénigne
Les tribulations de votre esclave indigne ;
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,
Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler.
J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille!
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard,
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,
Sont bruyants dans leurs fails et vains dans leurs paroles;
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer ;
Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret,
Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée ;
Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur,
De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur.
ELMIRE
Je vous écoute dire, et votre rhétorique En termes assez forts à mon âme s'explique. N'appréhendez- vous point que je ne sois d'humeur A dire à mon mari cette galante ardeur, Et que le prompt avis d'un amour de la sorte Ne pût bien altérer l'amitié qu'il vous porte?
Je sais que vous avez trop de bénignité,
Et que vous ferez grâce à ma témérité ;
Que vous m'excuserez, sur l'humaine foiblesse,
Des violents transports d'un amour qui vous blesse,
Et considérerez, en regardant votre air,
Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair.
ELMIRE
D'autres prendroient cela d'autre façon peut-être ; Mais ma discrétion se veut faire paroîlre. Je ne redirai point l'affaire à mon époux ; Mais je veux, en revanche, une chose de vous : C'est de presser tout franc, et sans nulle chicane, L'union de Valère avecque Maiiaiie,