‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 297 sur 489 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

Et bénisse vos jours autant que le désire

Le plus humble de ceux que son amour inspirai

Je suis fort obligée à ce souhait pieux.

Mais prenons une chaise, afin d'être un peu mieux,

TARTUFFE, assis.

Comment de votre mal vous sentez- vous remise?

ELMn\E, assise.

Fort bien; et cette fièvre a bientôt quitté prise.

Mes prières n'ont pas le mérite qu'il faut Pour avoir attiré cette grâce d'en haut ; Mais je n'ai fait au ciel nulle dévote instance Qui n'ait eu pour objet voire convalescence.

ELMIRE

Votre zèle pour moi s'est trop inquiété.

On ne peut trop chérir votre chère santé ; Et, pour la rétablir, j'aurois donné la mienne.

ELMIRE. '

C'est pousser bien avant la charité chrétienne ; Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.

Je fais bien moins pour vous que vous ne méritez.

ELMIRE

J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire, Et suis bien aise, ici, qu'aucun ne nous éclaire.

J'en suis ravi de même ; et, sans doute, il m'est doux.

Madame, de me voir seul à seul avec vous.

C'est une occasion qu'au ciel j'ai demandée,

Sans que, jusqu'à cette heure, il me l'ait accordée.

ELMIRE

Pour moi, ce que je veux, c'est un mot d'entretien, Où tout votre cœur s'ouvre, et ne me cache rien. Damis, sans se monlrer, entr' ouvre la porte du cabinet dans lequel ils'étoii retiré pour entendre la conversalion.

TARTUFFE. i

Et je ne veux aussi, pour grâce singulière.

Que montrer à vos yeux mon âme tout entière, !

Et vous faire serment que les bruits que j'ai faits

Des visites qu'ici reçoivent vos attraits

Ne sont pas envers vous l'effet d'aucune haine,

Mais plutôt d'un transport de zèle qui m'entraîne,

Et d'un pur mouvement..

ELMIBE.

Je le prends bien aussi, Et crois que mon salut vous donne ce souci.

TARTUFFE, prenant la main d Elmire, el lui serrant les doigts. Oui, madame, sans doule, et ma ferveur est telle...

ELHIRB.

Ouf! vous me serrez trop.

TARTDFFE.

C est par excès de zèle.

De vous faire aucun mal je n'eus jamais dessein, Et j'aurois bien plutôt...

Il met la main sur les genoux dEImJre. ELMIRE.

Que fait là votre main?

Je tâte votre habit : rétofte en est moelleuse.

ELMIRE

Ah! de grâce, laissez, je suis fort chatouilleuse.

Elmire recule son fauteuil, et Tartuffe se rapproche d'elle. TARTUFFE, maniant le fichu d'Elmire.

Mon Dieu! que de ce point l'ouvrage est merveilleux ! On travaille aujourd hui d'un air miraculeux : Jamais, en toute chose, on n'a vu si bien faire.

ELMIRE

Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire. On tient que mon mari veut dégager sa foi, Et vous donner sa fille. Est-il vrai? dites-moi

Il m'en a dit deux mots : mais, madame, à vrai dire. Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire ; Et je vois autre part les merveilleux attraits De la félicité qui fait tous mes souhaits.

C'est que vous n'aimez rien des choses de la terre,

Mon sein n'enferme pas un cœur qui soit de pierre.

ELMIRE

Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs^ Et que rien ici bas n'arrête vos désirs.

L'amour qui nous attache aux beautés éternelles N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles : Nos sens facilement peuvent être charmés

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