‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 302 sur 489 · CTE III, 3CÈNS VI · texte numérisé non relu

CTE III, 3CÈNS VI

ORGON, à son fils.

Ail ! traître, oses-tu bien, par cette fausseté, Vouloir de sa vertu ternir la pureté?

DAMIS

Quoi ! la feinte douceur de cette âme hypocrite ^ Vous fera démentir...

ORGON

Tais-toi, peste maudite!

Ah ! laissez-le parler ; vous l'accusez à tort,

Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport.

Pourquoi, sur un tel fait, m'étre si favorable?

Savez-vous, après tout, de quoi je suis capable?

Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur?

Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur?

Non, non : vous vous laissez tromper à l'apparence,

Et je ne suis rien moins, hélas 1 que ce qu'on pense.

Tout le monde me prend pour un homme de bien;

Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.

S'adressanl à Damis.

Oui, mon cher fils, parlez; traitez-moi de perfide. D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide; Accablez-moi de noms encor plus détestés : Je n'y contredis point, je les ai mérités; Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie, Comme une honte due aux crimes de ma vie.

ORGON

A Tartuffe. A son fils.

Mon frère, c'en est trop. Ton cœur ne se rend point, Traître!

DAMIS

Quoi! ses discours vous séduiront au point...

ORGON

Relevant Tartuffe.

Tais-toi, pendard! Mon frère, eh! levez- vous, de grâce!

A son fils.

Infâme!

OAIHIS.

D peut...

ORGON

Tais-toi !

DAMIS

J'enrage! Quoi! je passe...

' Var. Quoil la feinte deuUur de cette àme liypocrite.

ORGON

Si tu dis un seul mot, je te romprai les bras.

Mon frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas! J'aimerois mieux souffrir la peine la plus dure Qu'il eût reçu pour moi la moindre égratignure.

or.GON, à son fils.

Ingrat!

Laissez-le en paix. S'il faut, à deux genoux, Vous demander sa sràce...

ORGON

, se

jetant aussi à genoux

et embrassant Tartuffe.

Hélas

! vous

moquez- vous?

 son

fils.

Coquin!

vois sa bonté!

DAMIS

Donc...

ORGON

Paix!

DAMlS.

Quoi!

je...

ORGON

« Paix, dis-je

Je sais bien quel motif à l'attaquer t'oblige. Vous le haïssez tous, et je vois aujourd'hui Femme, enfants et valets déchaînés contre lui. On met impudemment toute chose en usage Pour ôter de chez moi ce dévot personnage : Mais plus on fait d'efforts afin de l'en bannir, Plus j'en veux employer à l'y mieux retenir; Et je vais me hâter de lui donner ma fille. Pour confondre l'orgueil de toute ma famille.

DAMIS

A recevoir sa main on pense l'obliger?

ORGON

Oui, traître, et dés ce soir, pour vous faire enrager. Ah! je vous brave tous, et vous ferai connoître Qu'il faut qu'on m'obéisse, et que je suis le maître. Allons, qu'on se rétracte; et qu'à l'instant, fripon, On se jette à ses pieds pour demander pardon.

DAMIS

Qui? moi! de ce coquin, qui, par ses impostures...

ORGON

Ah! tu résistes, gueux, et lui dis des injures!

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