‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 303 sur 489 · SCÈNE VU. - ORGON, TARTUFFE · texte numérisé non relu

SCÈNE VU. - ORGON, TARTUFFE

ORGON

Offenser de la sorte une sainte personne !

0 ciel! pardonne-lui comme je lui pardonne.

A Orgon.

Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir

Je vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir!...

ORGON

Uélas'

Le seul penser de cette ingratitude Fait souffrir à mon âme un supplice si rude... Lhorreur que j'en conçois... J'ai le cœur si serré^ Que je ne puis parler, et crois que j'en mourrai. ORGON, courant tout en larmee à la porte par où il a chassé sod flls. Coquin! je me repens que ma main t'ait fait grâce, Et ne t'ait pas d'abord assommé sur la place!

A Tartuffe.

Remettez-vous, mon frère, et ne vous fâchez pas.

Rompons, rompons le cours de ces fâcheux débats. Je regarde céans quels grands troubles j'apporte. Et crois qu'il est besoin, mon frère, que j'en sorte.

OUGON.

Comment! vous moquez- vous?

On m'y naît, et je voi Qu'on cherche à vous donner des soupçons de ma foi.

ORCON.

Qu'importe? Voyez<-rDUs que mon cœur les écoute? u 19

32« lE TAUTUFFE.

On ne manquera pas de poursuivre, sans doute; Et ces mêmes rapports qu ici vous rejetez, Peut-être, une autre fois, seront-ils écoutés»

ORGOS.

Non, mon frère, jamais.

Ah ! mon frère, une femme Aisément d'un mari peut bien surprendre Tâme.

OBeON.

Non, non.

Laissez-moi vite, en m'éloignant d*icir Leur ôter tout sujet de m'attaquer ainsi.

ORGON

Non, vous demeurerez ; il y va de ma vie.

Eh bien, il faudra donc que je me mortifie. Pourtant, si vous vouliez...

ORGON

Ah î

•Soit : n'en parlons phis.

Mais je sais comme il faut en uSer là-dessus. L'honneur est déKcat, et l'amitié m'engage A prévenir les bruits et les sujets d'ombrage. Je luirai votre épouse, et vous ne me verrez. . .

ORGON

Non, en dépit de tous vous la fréquenterez.

Faire enrager le monde est ma plus grande joie ;

El je veux qu'à toute heure avec elle on vous voie.

Ce n'esf pas tout encor : pour les mieux braver tous,

Je ne veux point avoir d'autre héritier que vous;

Et je vais de ce pas, en fort bonne manière,

Vous faire de mon bien donation entière.

Un bon et franc ami, que pour gendre je prends.

M'est bien plus cher que fils, que femme, et que parents.

N'accepterez- vous pas ce que je vous propose?

La volonté du ciel soit faite en toute chose !

ORGON

Le pauvre homme ! Allons vite en dresser un écrit : Et que puisse l'envie en crever de dépit!

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