ACTE IV, SCÈNE III
ELMIRE
Est-ce qu'au simple aveu dun amoureux transport Il faut que notre honneur se gendarme si fort? Et ne peut-on répondre à tout ce qui le touche, Que le feu dans les yeux et linjure à la bouche? Pour moi, de tels propos je me ris simplement; Et réclat, là-dessus, ne me plaît nullement. J'aime qu'avec douceur nous nous montrions sages, Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages Dont l'honneur est armé de griffes et de dents, Et veut au moindre m.'vl dévisager les gens. Me préserve le ciel d'une telle sagesse ! Je veux une vertu qui ne soit point diablesse, Et crois que d'un refus la discrète froideur N'en est pas oaoins puissante à rebuter un cœur.
ORGON
Enfin je sais l'affaire, et ne prends point le change.
ELMIRE
J'admire, encore un coup, celte foiblesse étrange : Mais que me répondroit votre incrédulité, Si je vous faisois voir qu'on vous dit vérité?
ORGON
Voir?
Oui.
Chansons !
ELMIRE
ORGON
ELMÎRE. .
Mais quoi ! si je trouvois manière De TOUS le faire voir avec pleine lumière?...
ORGON
Contes en l'air!
ELfflRE.
Quel homme ! Au moins, répondez-moi.
Je ne vous parle pas de nous ajouter foi ; Mais supposons ici que, dun lieu qu'on peut prendre, On vous fît clairement tout voir et tout entendre : Que diriez-vous alors de votre homme de bien?
ORGON
En ce cas, je dirois que... Je ne dirois rien, Car cela ne se peut.
ELMIRE
L'erreur trop longtemps dure, Et c'est trop condamner ma bouche d'imposture.
Il faut que, par plaisir, et sans aller plus loin, De tout ce qu'on vous dit je vous fasse témoin.
ORGON
Soit. Je vous prends au mot. Nous verrons votre adresse, Et comment vous pourrez remplir cette promesse. ELHIRE, à Dorine.
Faites-le-moi venir.
DORINE, à Elmire.
Son esprit est rusé, Et peut-être à surprendre il sera malaisé.
ELMIRE, à Dorine.
Non ; on est aisément dupé par ce qu'on aime. Et Tamour-propre engage à se tromper soi-mêmft.
A Cléante et à Mariane.
Faites-le-moi descendre. Et vous, retirez-vous. SCÈNE IV. — ELMIRE, ORGON.
ELMIRE
Approchons cette table, et vous mettez, dessous.
ORGON
Comment!
ELMIRE
Vous bien cacher éSt un point nécessaire
ORGON
Pourquoi sous cette table?
ELMIRE
Ah! mon Dieu! laissez faire; J'ai mon dessein en tète, et vous en jugerez. Mettez- vous là, vous dis-je ; et, quand vous y serez, Gardez qu'on ne vous voie et qu'on ne vous entende.
ORGON
Je confesse qu'ici ma complaisance est grande : Mais de votre entreprise il vous faut voir sortir.
ELMhŒ.
Vous n'aurez, que je crois, rien à me repartir.
A son mari, qui est sous la table.
Au moins, je vais toucher une étrange matière: Ne vous scandalisez en aucune manière.
Quoi que je puisse dire, il doit m'èlre permis; Et c'est pour vous convaincre, ainsi que j'ai promis. Je vais par des douceurs, puisque j'y suis réduite, Faire poser le masque à cette âme hypocrite, Flatter de son amour les désirs effrortés,