ACTE I, SCENE I. 3H
Jour et nuit, grêle, vent, péril, cliiileiir, froidure. Dès qu'ils parlent, il faut voler.
Vingt ans d'assidu service N'en obtiennent rien pour nous :
Le moindre pelit caprice Nous attire leur courroux- Cependant notre âme insensée S'acharne au vain honneur de demeurer prés d'eux. Et s'y veut contenter de la fausse pensée Qu'ont tous les autres gens, que nous sommes heureux. Vers la retraite en vain la raison nous appelle. En vain notre dépit quelquefois y consent^ Leur vue a sur notre zèle Un ascendant trop puissant.
Et la moindre faveur d'un coup d'œil caressant Nous rengage de plus belle.
Mais enfin, dans l'obscurité, Je vois notre maison, et ma frayeur s'évade. Il me faudroit, pour l'ambassade, Quelque discours prémédité.
Je dois aux yeux d'Alcmène un portrait militaire Du grand combat qui met nos ennemis à bas ; Mais comment diantre le faire.
Si je ne m'y trouvai pas?
N'importe, parinns-en et d'estoc et de taille.
Comme oculaire témoin.
Combien de gens font-ils des récits de bataille Dont ils se sont tenus loin !
Pour jouer mon rôle sans peine.
Je le veux un peu repasser.
Voici la chambre où j'entre en courrier que l'on mène; Et cette lanterne est Alcmène, A qui je me dois adresser.
Sosie pose sa lanterne à terre et lui adresse son compliment.
Madame, Amphitryon, mon maître et votre époux... (Bon ! beau début!) Tespril toujours plein de vos charmes,
M'a voulu choisir entre tous Pour vous donner avis du succès de ses armes, St du désir qu'il a de se voir près de vous.
« Ah ! vraiment, mon pauvre Sosie, « A te revoir j'ai de la joie au cœur. »
Madame, ce m'est trop d'honneur,
Et mon destin doit faire envie.
(Bien répondu !) « Comment se porte Ampliitryon? u
SCO AMPHITRYON,
Madame, en homme de courage; Dans les occasions où la gloire l'engage.
(Fort bien! belle conception !) « Quand viendra-t-il, par son retour charmant,
« Rendre mon âme satisfaite? »
Le plus tôt qu il pourra, madame, assurément ; Mais bien plus tard que son cœur ne souhaite. (Ah!) « Mais quel est Tétat où la guerre l'a mis? « Que dit-il' que fait-il? Contente un peu morfàme, n
Il dit moins qu'il ne fait, madame,
Et fait trembler les ennemis.
(Peste! où prend mon esprit toutes ces gentillesses?) « Que font les révoltés? dis-moi, quel est leur sort? » Us n'ont pu résister, madame, à notre effort ^
Nous les avons taillés en pièces,
Mis Ptérélas, leur chef, à mort, Pris Télèbe d'assaut ; et déjà dans le port
Tout retentit de nos prouesses, t Ah! quel succès! ô dieux! Qui l'eût pu jamais croire? « Raconte-moi, So-de, un tel événement. » Je le veux bien, madame; et, sans m'enfler de gloire,
Du détail de cette victoire
Je puis parler très-savamment.
Figurez-vous donc que Télèbe, Madame, est de ce côté; '
Sosie marque les lieux sur sa main ou à terro. C'est une ville, en vérité, Aussi grande quasi que Thèbe.
La rivière est comme là.
Ici nos gens se campèrent ; Et lespace que voilà.
Nos ennemis l'occupèrent.
Sur un haut *, vers cet endroit, Étoit leur infanterie ; Et plus bas, du côté droit, Éloil la cavalerie.
Après avoir aux dieux adressé les prières, Tous les ordres donnés, on donne le signal : Les ennemis, pensant nous tailler des croupières. Firent trois pelotons de leurs gens à cheval ; Mais leur chaleur par nous lut bientôt réprimée, Et vous allez voir comme quoi.
* Vn haut, pour : me hauteur. Ne se dit plus,