ACTE I, SCÈNE
MERCURE
Où s'adressent tes pas?
Ahi ceci me déplaît.
SOSIE
Où j'ai dessein d'aller.
MERCURE
SOSIE
J'en ai l'àme ravie.
Résolument, par force ou par amour,
Je veux savoir de toi, traître, Ce que tu fais, d'où tu viens avant jour. Où tu vas, à qui tu peux être.
SOSIE
Je fais le bien et le mal tour à tour; Je viens de là, vais là; j'appartiens à mon maître,
MERCURE
Tu montres de l'esprit, et je te vois en train De trancher avec moi de l'homme d'importance. Il me prend un désir, pour faire connoissance, De te donner un soufflet de ma main.
SOSIE
A moi-même ?
MERCURE
A toi-même ; et t'en voilà certain.
Mercare donne un soufflet à Sosie.
Ah! ah! c'est tout de bon.
UEi'.CURË.
Non, ce n'est que pour rire.
Et répondre à tes quolibets.
SOSIE
Tudieu! l'ami, sans vous rien dire, Comme vous baillez des soufflets!
MERCURE
Ce sont là de mes moindres coups, De petits soufflets ordinaires.
Si j'étois aussi prompt que vous, Nous ferions de belles affaires.
MERCURE
Tout cela n'est encor rien :
Nous verrons bien autre chose.
Pour y faire quelque pause,
5e4 AMPHITRYON
Poursuivons notre entretien.
SOSIE
Je quitte la partie
Sosie veut s'ea aller.
MERCURE, arrêtant Sosie.
Où vas-tu*^
SOSIE
Que t'importe?
MERCURE
Je veux savoir où tu vas.
SOSIE
Me faire ouvrir celte porte.
Pourquoi retiens-tu mes pas?
MERCURE
Si jusqu'à l'approcher tu pousses ton audace, Je fais sur toi pleuvoir un orage de coups.
Quoi ! tu veux, par ta menace, M'empêcher d'entrer chez nous?
MERCURE
Comment! chez nous?
SOSIE
Oui, chez nous.
MERCURE
Ole traître!
Tu te dis de cette maison?
SOSIE
Fort bien. Amphitryon n'en est-il pas le maître?
MERCURE
Eh bien, que fait cette raison?
SOSIE
Je suis son valet.
MERCURE
Toi?
SOSIE
Moi.
MERCURE
Son valet?
SOSIE
Sans doute.
Valet d'Amphitryon?
SOSIE
D'Amphitryon, de lui*