‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 332 sur 489 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

MERCURE

Ton nom est?...

SOSIE

MERCURE

Heu! comment?

SOSIE

Sosie.

MERCURE

Écoule.

Sais-tu que de ma main je t'assomme aujourd'hui^

SOSIE

Pourquoi? De quelle rage est ton âme saisie?

MERCURE

Qui te donne, dis-moi, celte témérité De prendre le nom de Sosie?

Moi, je ne le prends point, je l'ai toujours porté.

MERCURE

0 le mensonge horrible, et l'impudence extrême.' Tu m'oses soutenir que Sosie est ton nom?

SOSIE

Fort bien; je le soutiens, par la grande raison Qu'ainsi l'a fait des dieux la puissance suprême; Et qu'il n'est pas en moi de pouvoir dire non, Et d'être un autre que moi-même.

MERCURE

Mille coups de bâton doivent être le prix D'une pareille effronterie.

SOSIE, battu par Mercure.

Justice, citoyens! Au secours! je vous prie.

MERCURE

Comment! bourreau, tu fais des crisi

SOSIE

De mille coups tu me meurtris, Et tu ne veux pas que je crie?

MERCURE

J'est ainsi que mon bras...

SOSIE

L'action ne vaut rien»

Tu triomphes de l'avantage Que te donne sur moi mon manque de courage; Et ce n'est pas en user bien.

C'est pure fanfaronnerie

3C6 AMPHITRYON

De vouloir profiter de la poltronnerie

De ceux qu'attaque notre bras.

Battre un homme à jeu sûr n'est pas d'une belle âme;

Et le cœur est digne de blâme

Contre des gens qui n'en ont pas.

MERCURE

Eh bien, es-tu Sosie à présent? qu'en dis-tu?

SOSIE

Tes coups n'ont point en moi fait de métamorphose; Et tout le changement que je trouve à la chose, C'est d'être Sosie battu.

MERCURE, menaçant Sosie.

Encor ! Cent autres coups pour cette autre impudence-*

SOSIE

De grâce, fais trêve à tes coups.

MERCURE

Fais donc trêve à ton insolence.

Tout ce qu'il te plaira; je garde le silence. La dispute est par trop inégale entre nous.

MERCURE

Es-tu Sosie encor? dis, traître !

SOSIE

Hélas ! je suis ce que tu veux : , Dispose de mon sort tout au gré de tes vœux; Ton bras t'en a fait le maître.

MERCURE

Ton nom êtoit Sosie, à ce que tu disois?

SOSIE

D est vrai, jusqu'ici j'ai cru la chose claire; Mais ton bâton, sur cette affaire.

M'a fait voir que je m'abusois.

MERCURE

Cest moi qui suis Sosie, et tout Thèbes l'avoue : Amphitryon jamais n'en eut d'autre que mol

SOSIE

Toi, Sosie?

MERCURE

Oui, Sosie; et, si quelqu'un s'y joue.

Il peut bien prendre garde à soi.

sosm, à part.

Ciel ! me faut-il ainsi renoncer à moirmême. Et par un imposteur me voir voler mon nom? Que son bonheur est extrême

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