‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 334 sur 489 · S0SIE · texte numérisé non relu

S0SIE

Ah! tout doux*- Nous avons fait trêve aux coups.

MERCURE

Quoi! pendard, imposteur, coquin!...

Pour des injures, Dis-m'en tant que tu voudras:

Ce sont légères blessures.

Et je ne m'en fâche pas.

Tu te dis Sosie?

SOSIE

Oui, Quelque conte frivole...

MERCURE

Sus, je romps noire trêve, et reprends ma parole^

SOSIE

N'importe. Je ne puis m' anéantir pour toi, Et souffrir un discours si loin de l'apparence. Etre ce que je suis est-il en ta puissance?

308 • AMniITRYON.

Et puis-je cesser d'être moi?

S'avisa-t-on jîimais d'une chose pareille? Et peut-on démentir cent indices pressants?

Rêvé-je! Est-ce que je sommeille?

Ai-je Tesprit troublé par des transports puissants/

Ne sens-je pas bien que je veille?

Ne suis-je pas dans mon bon sens?

Mon maître Amphitryon ne m'a-t-il pas commis A venir en ces lieux vers Alcmène sa femme? Ne lui dois-je pas faire, en lui vantant sa flamme. Un récit de ses faits contre nos ennemis? Ne suis-je pas du port arrivé tout à Theure?

Ne tiens-je pas une lanterne en main?

Ne te trouvé-je pas devant notre demeure? • Ne t'y parlé-je pas d'un esprit tout humain? Ne te tiens-tu pas fort de ma poltronnerie,

Pour m'empêcher d'entrer chez nous?

N'as-tu pas sur mon dos exercé ta furie?

Ne m'as-tu pas roué de coups? Ah! tout cela n'est que trop véritable;

Et, plût au ciel, le fût-il moins !

Cesse donc d'insulter au sort d'un misérable : Et laisse à mon devoir s'acquitter de ses soins.

MEKCURE. t

Arrête, ou sur ton dos le moindre pas attire Un assommant éclat de mon juste courroux.

Tout ce que tu viens de dire

Est à moi, hormis les coups.

SOSIE

Ce matin, du vaisseau, plein de frayeur en l'âmo, Cette lanterne sait comme je suis parti. Amphitryon, du camp, vers Alcmène sa femme M'a-t-il pas envoyé?

MERCURE

Vous en avez menti C'est moi qu'Amphitryon députe vers Alcmène, Et qui du port persique * arrive de ce pas ; Moi, qui viens annoncer la valeur de son bras Qui nous fait remporter une victoire pleine, Et de nos ennemis a mis le chef à bas. C'est moi qui suis Sosie enfin, de certitude, Fils de Dave, honnête berger ;

« rortd'Eubée.

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