‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 335 sur 489 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Frère d'Arpage, mort en pays étranger; Mari de Cléanlhis la prude, Dont l'humeur me fait enrager; Qui dans Thèbe ai reçu raille coups d'étrivière, ..v^v'- .^ Sans en avoir jamais dit rien; '

Et jadis en public fus marqué par derrière, Pour être trop homme de bien *.

SOSIE, bas, à part.

n a raison. A moins d'être Sosie, On ne peut pas savoir tout ce qu'il dit; Et, dans Tétonnement dont mon âme est saisie, Je commence, à mon tour, à le croire un petit. En effet, maintenant que je le considère. Je vois qu'il a de moi taille, mine, action. Faisons-lui quelque question, Afin d'éclaircir ce mystère.

Haut.

Parmi tout le butin fait sur nos ennemis. Qu'est-ce qu'Amphitryon obtient pour son partage?

MERCURE

Cinq fort gros diamants en nœuds proprement mis, Dont leur chef se paroit comme d'un rare ouvrage.

SOSIE

A qui destine-t-il un si riche présent?

MERCURE

A sa femme; et sur elle il le veut voir paroître.

SOSIE

Mais où, pour l'apporter, est-il mis à présent?

MERCURE

Dans un coffret scellé des armes de mon maître*.

SOSIE, à part.

Il ne ment pas d'un mot à chaque repartie; Et de moi je commence à douter tout de bon. Près de moi, par la force, il est déjà Sosie; Il pourroit bien encor Têtre par la raison. Pourtant, quand je me tâte et que je me rappelle,

Il me semble que je suis moi.

Où puis-je rencontrer quelque clarté fidèle,

Pour démêler ce que je voi?

* L'usage de marquer les malfaiteurs sur l'épaule n'existait pas chez les anciens. (Aimé Martin.)

* Les armes, horaldiquement parlant, sont une invention des temps de la chevalerie. Ainsi Amphitryon n'avait point un cachet blasonné, mais, comme la plupart des anciens, un anneau sur la pierre duquel était gravé quelque signe particulier qu'il avait adopté. (Auger.)

370 AMPHITRYON

Ce que j'ai fait tout seul, et que n'a vu personne, A moins d'être moi-même, on ne le peut savoir : Par cette question il faut que je Tétonne ; C'est de quoi le confondre, et nous allons le voir.

Haut. ''

Lorsqu'on étoit aux mains, que fis-tu dans nos tenteS/.

Où tu courus seul te fourrer?

MEIICURE.

D'im jambon...

SOSIG, bas, à part.

L'y voilà!

MERCURE

Que j'allai déterrer Je coupai bravement deux tranches succulentes,

Dont je sus fort bien me bourrer; Et, joignant à cela d'un vm que Ton ménage. Et dont, avant le goût, les yeux se contentoient,. Je pris un peu de courage Pour nos gens qui se battoient.

SOSIE, bas, à part.

Cette preuve sans pareille En sa faveur conclut bien; Et Ton n'y peut dire rien.

S'il n'étoit dans la bouteille.

Haut.

Je ne saurois nier, aux preuves qu'on m'expose. Que tu ne sois Sosie, et j'y donne ma voix. Mais, si lu l'es, dis-moi qui tu veux que je sois; Car enfin faut-il bien que je sois quelque chose.

NEUCUHE.

Quand je ne serai plus Sosie, Sois-le, j'en demeure d'accord; Mais, tant que je le suis, je te garantis mort, Si tu prends cette fantaisie.

SOSIE

Tout cet embarras met mon esprit sur les dents,

Et la raison à ce qu'on voit s'oppose. Mais il faut terminer enfin par quelque chose ; Et le plus court pour moi, c'est d'entrer là dedaîis.

MEUCURE.

Ah ! tu prends donc, pendard, goût à la bastonnade?

SOSIE, bailu par Mercure.

Ah ! qu'est-ce ci, grands dieux ! il frappe un ton plus fort Et mon dos pour un mois en doit être malade.

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