SCÈNE I. — AMPHITRYON, SOSIE
AMPHITRYON
Viens çà, bourreau, viens çà ! Sais-tu, murtre fripoo. Qu'à te faire assommer ton discours peut suffire, Et que, pour te traiter comm€ je le désire, Mon courroux n'attend qu'uu bàtoii?
SOSIE
Si vous le prenez sur ce ton, Monsieur, je n'ai plus rien à dire; Et vous aurez toujours raison.
AMPHIXKYOX.
Quoi ! tu veux me donner pour des vérités,, traîtrel
' Le rôle de Cléanthis est une création de Molière, et l'on peut dirft une des is heureuses. (F. L.)
376 AMPHITRYON
Des contes que je vols d'extravagance outrés?
SO.SIE
Non : je suis le valet, et vous êtes le maître,
Il n'en sera, monsieur, que ce que vous voudrez.
AMPHITRYON
Çà, je veux étouffer le courroux qui m'enflamme, Et, tout du long, t'ouïr sur ta commission.
11 faut, avant que voir ma femme. Que je débrouille ici cette confusion.
Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme, Et réponds mot pour mot à chaque question.
SOSIE
Mais, de peur d'incongruité,
Dites-moi, de grâce, à l'avance.
De quel air il vous plaît que ceci soit traité. Parlerai-je, monsieur, selon ma conscience. Ou comme auprès des grands on le voit usité?
Faut-il dire la vérité,
Ou bien user de complaisance?
AMPHITRYON
Non ; je ne te veux obliger Qu'à me rendre de tout un compte fort sincère.
SOSIE
Bon. C'est assez, laissez-moi faire; Vous n'avez qu'à m'interroger.
AMPHITRYON
Sur l'ordre que tantôt je t'avois su prescrire...
SOSIE
Je suis parti, les cieux d'un noir crêpe voilés. Pestant fort contre vous dans ce fâcheux martyre, Et maudissant vingt fois l'ordre dont vous parlez.
AMPHITRYON
Conmient, coquin!
SOSIE
Monsieur, vous n'avez rien qu'à dire; Je mentirai, si vous voulez.
Voilà comme un valet pour nous montre du zèle! Passons. Sur le chemin que t'est-il arrivé?
SOSIE
D'avoir une frayeur mortelle
Au moindre objet que j'ai trouvé.
AMPHITRYON
Poltron!