‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 354 sur 489 · ACTE II, SCENE YI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE YI

ALCMÈNE

J'en ai dans le cœur davantage; Et, pour s'exprimer tout, ce cœur a du dépit De ne point trouver de langage.

JUPITER

Eh ! que vous a donc fait ma flamme, Pour me pouvoir, Alcmène, en monstre regarder?

alcmèot;.

Ah! juste ciel! cela peut-îl se demander? Et n'est-ce pas pour mettre à bout une ènie?

JUPITER

Ah! d'un esprit plus adouci...

ALCMÈNE

Non, je ne veux du tout vous voir, ni vous entendre.

JUPITER

Avez-vous bien le cœur de me traiter ainsi?

Est-ce là cet amour si tendre Qui devoit tant durer quand je vins hier ici?

ALCMIÎXE.

Non, non, ce ne l'est pas, et vos lâches injures

En ont autrement ordonné. Il n'est plus, cet amour tendre et passionné ; Vous l'avez dans mon cœur, par cent vives blessures, Cruellement assassiné.

C'est en sa place un courroux inflexible, Un vit ressentiment, un dépit invincible, Un désespoir d'un cœur justement animé.

Qui prétend vous haïr, pour cet affront sensible, Autant qu'il est d'accord de vous avoir aimé ;

Et c'est haïr autant qu'il est possible.

' JUPITER

Hélas! que votre amour n'avoit guère de 'force, Si de si peu de chose on le peut voir mourir ! Ce qui n étoit que jeu doit-il faire un divorce? Et d'une raillerie a-t-on lieu de s'aigrir ?

ALCMÈNE

Ah ! c'est cela dont je suis offensée, Et que ne peut pardonner mon courroux : Des véritables traits d'un mouvement jaloux Je me trouverois moins blessée.

La jalousie a des impressions Dont bien souvent la force nous entraîne ; Et l'âme la plus sage, en ces occasions, Sans doute avec assez de peine

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