ACTE II, SCÈNE SI
N'en jetez pas sur lui l'effet, Démêlez-le un peu du coupable; Et, pour être enfin équitable, Ne le punissez point de ce qu'il n-a pas fait
ALCMÈNE
Ah ! toutes ces subtilités N'ont que des excuses frivoles, Et pour les esprits irrités ' Ce sont des contre-temps que de telles paroles. Ce détour ridicule est en vain pris par vous. Je ne distingue rien en celui qui m'offense, Tout y devient l'objet de mon courroux;
Et dans sa juste violence Sont confondus et l'amant et l'époux.
Tous deux de même sorte occupent ma pensée. Et des mêmes couleurs, par mon âme blessée,
Tous deux ils sont peints à mes yeux : Tous deux sont criminels, tous deux m'ont ofiensée. Et tous deux me sont odieux.
JUPITER
Eh bien, puisque vous le voulez *,
Il faut donc me charger du crime.
Oui, vous avez raison lorsque vous m'immolei A vos ressentiments, en coupable victime. Un trop juste dépit contre moi vous anime; Et tout ce grand courroux qu'ici vous étalez Ne me fait endurer qu'un tourment légitime. C'est avec droit qtfe mon abord vous chasse,
Et que de me fuir en tous heux
Votre colère me menace.
Je dois vous être un objet odieux.
Vous devez me vouloir un mal prodigieux. Il n'est aucune horreur que mon forfait ne passe,
D'avoir offensé vos beaux yeux.
C'est un crime à blesser les hommes et les dieux ; Et je mérite enfin, pour punir cette audace, Que contre moi votre haine ramasse
Tous ses traits les plus furieux.
Mais mon cœur vous demande grâce ; Pour vous la demander je me jette à genoux,
* Toute la partie de la scène comprise entre ce vers et celui -ci -. Laissez ; je me veux mal de mon trop de foiblesse, est prise de Don Garde de Navarre.
598' AMîPiriTRYOS
Et la demande au nom de la plus vive flaranae.
Du plus tendre amour dont une âme
Puisse jamais brûler pour vous.
Si votre cœur, charmante Alcmène, Me refuse la grâce où j'ose recourir,
Il faut qu'une atteinte soudaine
M arrache, en me faisant mourir.
Aux diu-es rigueurs d'une peine
Que je ne saurois plus souffrir.
Oui, cet état me désespère.
Alcmène, ne présumez pas Qu'aimant, comme je iais, vos célestes appas, Je puisse vivre un jour avec votre colère. Déjà de ces moments la barbare longueur
Fait, sous des atteintes mortelles,
Succomber tout mon triste cœur, Et de mille vautours les blessures cruelles N ont rien de comparable à ma vive douleur.. Alcmène, vous n'avez qu'à me le déclarer : S'il n'est point de pardon que je doive espérer» Cette épée aussitôt, par un coup favorable, Va percer à vos yeux le cœur d'un misérable. Ce cœur, ce traître cœur, trop digne d'gipirer. Puisqu'il a pu fâcher un objet adorable : Heureux, en descendant au ténébreux séjour, Si de votre courroux mon trépas vous ramène. Et ne laisse en votre âme, après ce triste jour,
Aucune impression de haine, '
Au souvenir de mon amour !
C'est tout ce que j'attends pour faveur souvei-aine.
ALCMÈNE
Ah! trop cruel époux '
JUPITER
Dites, parlez, Alcmène.
ALCMÈNE
Faut-il encor pour vous conserver des bontés, Et vous voir m'outrager par tant d'indignités !
JUPITER
Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause, Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé?
ALCMÈNE
Un cœur bien plein de flamme à mille morts s'exposej Plutôt que de vouloir lâcher l'obieL aimé.