SCÈNE Y. — JUPITER, AMPHITRYON, NAUCRATÈS, POLIDAS, SOSIE
JUPITER
Quel bruit à descendre m'oblige.
Et qui frappe en maître où je suis?
AMPUITRYON
Que vois-je? justes dieux!
NAUCRATÈS
Ciel! quel est ce prodige?
Quoi ! deux Amphitryons ici nous sont produits !
AMPHITRYON, à part.
Mon âme demeure transie!
Hélas! je n'en puis plus, l'aventure est à bout; Ma destinée est éclaircie.
Et ce que je vois me dit tout.
NAUCRATÈS
Plus mes regards sur eux s'attachent fortement. Plus je trouve qu'en tout l'un à l'autre est semblable. SOSIE, passant du côté Je Jupiter.
Messieurs, voici le véritable ; L'autre est un imposteur, digne de châtiment.
POLIDAS.
Certes, ce rapport admirable Suspend ici mon jugement.
AMPHITRYON
C'est trop être éludés * par un fourbe exécrable ; Il faut avec ce fer rompre l'enchantement.
NAUCRATÈS, à Amphitryon, qui a mis l'épée à la main.
Arrêtez !
AMPHITRYON
LaÎBsezTmoi!
NAUCRATÈS
Dieux! que voulez- vous faire?
* Traduction littérale du participe latin elusiis, qui veut dire trompé, dupé, }oué.
408 AMPHITRYON
AMPHITRYON
Punir d'un imposteur les lâches trahisons.
JUPITER
Tout beau! Temportement est fort peu nécessaire; Et, lorsque de la sorte on se met en colère, On fait croire qu'on a de mauvaises raisons.
Oui, c'est un enchanteur qui porte un caractère Pour ressembler aux maîtres des maisons.
AMPHITRYON, à Sosie.
Je te ferai, pour ton partage, Sentir par mille coups ces propos outrageants.
SOSIE
Mon maître est homme de courage, Et ne souffrira point que l'on batte ses gens.
AMPHITRYON
Laissez-moi m'assouvir dans mon courroux extrême, Et laver mon affront au sang d un scélérat ! NAUCRATÈS, arrêlant Amphitryon.
Nous ne souffrirons point cet étrange combat D'Amphitryon contre lui-même.
AMPHITRYON
Quoi ! mon honneur de vous reçoit ce tjîaitement ! Et mes amis d'un fourbe embrassent la défense! Loin d'être les premiers à prendre ma vengeance, Eux-rpemes font obstacle à mon ressentiment !
NAUCRATÈS
Que voulez-vous qu'à cette vue
Fassent nos résolutions.
Lorsque par deux Amphitryons Toute notre chaleur demeure suspendue?
A vous faire éclater notre zèle aujourd'hui. Nous craignons de faillir et de vous méconnoître. Nous voyons bien en vous Amphitryon paroître, Du salut des Thébains le glorieux appui ; Mais nous le voyons tous aussi paroître en lui, Et ne saurions juger dans lequel il peut être.
Notre parti n'est point douteux, Et l'imposteur par nous doit mordre la poussière; Mais ce parfait rapport le cache entre vous deux ;
Et c'est un coup trop hasardeux
Pour l'entreprendre sans lumière.
Avec douceur laissez-nous voii De quel côté peut être l'impostuie;