‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., accompagnée de notes tirées de tous les commentateurs, avec des remarques nouvelles par Félix Lemaistre précédés de la vie de Molière par VoltaireChapitre 367 sur 489 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Et, dès que nous aurons démêlé Taventure, Il ne nous faudra point dire notre devoir.

JUPITER

Oui, vous avez raison; et cette ressemblancf A douter de tous deux vous peut autoriser : Je ne m'offense point de vous voir en balance ; Je suis plus raisonnable, et sais vous excuser. L'œil ne peut entre nous faire de difiérence, Et je vois qu'aisément on s'y peut abuser. Vous ne me voyez point témoigner de colère,

Point mettre l'épée à la main; C'est un mauvais moyen d'éclaircir ce mystère, Et j'en puis trouver un plus doux et plus certain.

L'un de nous est Amphitryon; Et tous deux à vos yeux nous le pouvons paroître. C'est à moi de finir cette confusion, Et je prétends me faire à tous si bien connoître. Qu'aux pressantes clartés de ce que je puis être Lui-même soit d'accord du sang qui m'a fait naître, Et n'ait plus de rien dire aucune occasion. C'est aux yeux des Thébains que je veux avec vous De la vérité pure ouvrir la connoissance ; Et la chose sans doute est assez d'importance

Pour affecter la circonstance

De l'éclaircir aux yeux de tous.

Alcmène attend de moi ce public témoignage; Sa vertu, que l'éclat de ce désordre outrage. Veut qu'on la justifie, et j'en vais prendre soin C'est à quoi mon amour envers elle m'engage; Et des plus nobles chefs je fais un assemblage Pour l'éclaircissement dont sa gloire a besoin. Attendant avec vous ces témoins souhaités,

Ayez, je vous prie, agréable

De venir honorer la table

Où vous a Sosie invités.

SOSIE

Je ne me trompois pas, messieurs; ce mot termine Toute l'irrésolution; Le véritable Amphitryon Est l'Amphitryon où Ton dîne *.

AMPHITRYON

0 ciel ! puis-je plus bas me voir humilié? Excellente saillie comique qui est devenue proverbe. .

410 AMPHITRYON

Quoi ! faut-il que j'entende ici, pour mon martyre, Tout ce que Timposteur à mes yeux vient de dire, Et que, dans la fureur que ce discours m'inspire, On me tienne le bras lié !

NAUCr.ATÈS, à Amphitryon.

Vous vous plaignez à tort. Permettez-nous d'attendre L'éclaircissement qui doit rendre Les ressentiments de saison.

Je ne sais pas s'il impose ; Mais il parle sur la chose Comme s'il avoit raison.

AMPniTRYON.

Allez, foiblesamis, et flattez l'imposture: Thèbes en a pour moi de tout autres que vous; Et je vais en trouver qui, partageant l'injure, Sauront prêter la main à mon juste courroux.

JUPITER

Eh bien, je les attends, et saurai décider Le différend en leur présence.

AMPHITRYON

Fourbe, tu crois par là peut-être t'évader ; Mais rien ne te sauroit sauver de ma vengeance!

JUPITER

 ces injurieux propos Je ne daigne à présent répondre ; Et tantôt je saurai confondre Cette fureur avec deux mots.

AMPIIlTr.YON.

Le ciel même, le ciel ne t y sauroit soustraire; Et jusques aux enfers j'irai suivre les pas!

JUPITER

Il ne sera pas nécessaire ; Et l'on verra tantôt que je ne fuirai pas.

AMPHITRYON, à part.

Allons, courons, avant que d'avec eux il sorte, Assembler des amis qui suivent mon courroux;

Et chez moi venons à main forte

Pour le percer de mille coups.

Page 1